Exit les jeunes tourtereaux au physique de rêve dont la pre­mière his­toire d’amour sera aus­si la dernière (“Et ils vécurent heureux et eurent beau­coup d’en­fants…”). La comédie roman­tique du XXIe siè­cle sera quadragé­naire (et même plus si affinités) ou ne sera pas ! Après Some­thing’s Got­ta Give, où Jack Nichol­son et Diane Keaton s’embarquaient pour une nou­velle vie ensem­ble à cinquante ans bien son­nés, voici le dernier-né du genre. Mais qui a dit que la sagesse s’ac­quiert en vieil­lis­sant ?

Mon­tage alterné : Har­vey Shine, com­pos­i­teur de jin­gles new-yorkais, doit par­tir pour Lon­dres assis­ter au mariage de sa fille qu’il n’a pas vue depuis des années. Durant la céré­monie, celle-ci décide de con­fi­er à son beau-père, plus présent, la tâche de la con­duire à l’au­tel. Har­vey, dépité, boude alors la récep­tion et tente de ren­tr­er à New York ; il manque son avion et apprend qu’il est licen­cié. De son côté, Kate Walk­er est une céli­bataire lon­doni­enne endur­cie, affublée d’une mère envahissante et de copines cher­chant mal­adroite­ment à la cas­er. Kate et Har­vey étaient évidem­ment des­tinés à se ren­con­tr­er : mais vont-ils par­venir à sur­mon­ter leur dif­fi­cile passé amoureux pour se don­ner une “nou­velle chance” (puisque c’est la dernière ?). Leur ren­con­tre à l’aéro­port est-elle le signe qu’il leur faut pren­dre un nou­veau départ (cela ne s’in­vente pas…) ?

On l’au­ra com­pris : Last Chance for Love est un film qui ne craint pas les clichés les plus éculés. Tout y est prévis­i­ble de bout en bout et fleure bon le roman de gare pour quadras/quinquas esseulées. On filme les per­son­nages à l’é­cart des autres, sur les côtés du cadre ou en plein cen­tre dans une foule, pour accentuer leur soli­tude ; puis, lors des ren­con­tres amoureuses, on se fend de petits champs/contrechamps soignés, pour que cha­cune des émo­tions du héros et de l’héroïne soient bien enreg­istrées sur pel­licule. On com­mence par le temps de la tristesse, de la cru­auté de l’en­tourage, des déam­bu­la­tions soli­taires ; puis on enchaîne avec les pre­miers bal­bu­tiements de l’amour, les refus inqui­ets, les petites folies que l’on s’ac­corde, les rires partagés ; vient le temps du pre­mier bais­er sur fond de musique d’as­censeur pop ; le dra­ma­tique ren­dez-vous man­qué ; et enfin, les retrou­vailles avec départ sur le soleil couchant et un nou­v­el avenir. Mis à part l’âge des héros, le ton doux amer, les choix des décors ain­si que l’ac­com­pa­g­ne­ment musi­cal sont les mêmes que dans n’im­porte quelle mignonne comédie roman­tique pour ado­les­centes, réglée au mil­limètre près, mais d’une fadeur à mourir d’en­nui.

N’eût été la présence de Dustin Hoff­man et Emma Thomp­son, ce film d’un réal­isa­teur de sec­onde zone dont les deux précé­dents longs métrages se sont per­dus dans les tré­fonds de l’ou­bli n’au­rait sus­cité chez nous qu’un total dés­in­térêt. Mais mal­gré le cinéaste (sans doute trop impres­sion­né par leur présence pour les diriger), les deux comé­di­ens sont respon­s­ables de quelques jolies scènes épars­es, où leur com­plic­ité don­nerait presque envie de croire à l’his­toire d’amour : ain­si Emma Thomp­son faisant fi de ses kilos en trop lors d’un essayage de robes ; ou Dustin Hoff­man et sa tech­nique de séduc­tion d’un autre siè­cle com­pen­sée par un sourire à faire fon­dre les midinettes. Il ne sert à rien de regret­ter ce qu’au­rait pu être Last Chance for Love sous la coupe d’un autre cinéaste, puisqu’on reste bien trop loin du compte. Ni pire ni meilleur qu’un autre. Juste inutile.