Jeune homme désem­paré issu d’une famille bour­geoise argen­tine, Liso sort, quand com­mence La Paz (l’apaisement, objec­tif annon­cé), d’un interne­ment psy­chi­a­trique dont on con­naî­tra bien plus les con­séquences que les caus­es. De la dépres­sion voire du trou­ble men­tal, San­ti­a­go Loza donne à voir l’état tran­si­toire, de réadap­ta­tion au monde, de recon­quête pro­gres­sive du quo­ti­di­en. Bien sûr le car­ac­tère bour­geois de la famille de Liso (mère désœu­vrée entre siestes et dessins au fusain qui n’a d’yeux que pour son fils, domes­tique bolivi­enne dévouée et affectueuse) per­met que le désœu­vre­ment accep­té du per­son­nage recen­tre l’intrigue sur son intéri­or­ité : il n’a aucun impératif à tra­vailler… La Paz se con­cen­tre donc sur une inter­ro­ga­tion toute méta­physique et auto­cen­trée sur la con­va­les­cence d’un homme abat­tu par on ne sait quoi – ce n’est pas l’important.

La con­struc­tion de ce film non­cha­lant – à l’image de son pro­tag­o­niste – sem­ble chercher à faire en sorte que s’engouffrent, dans les silences, dans les moments de retrait ou d’abattement, l’énergie et le désir qui relanceront le dépres­sif dans la vie. En se ten­ant lit­térale­ment sur le fil de la vie, qu’il cherche à capter sur le vis­age de son acteur prin­ci­pal Lisan­dro Rodriguez, San­ti­a­go Loza ne s’intéresse qu’aux moments d’intimité avec les per­son­nages qui l’entourent, tous féminins à l’exception du père qu’on voit peu (sinon au champ de tir où il emmène son fils ou der­rière son bureau au tra­vail…). Des femmes à l’affection tou­jours inébran­lable pour Liso et retranchées, elles, à leurs rôles acces­soires : mère, grand-mère, bonne, amante. Elles traî­nent leur pro­pre mélan­col­ie, oisive, bien­veil­lante, qui n’est elle-même qu’accessoire et portera, pour l’anecdote, le pau­vre Liso vers l’accomplissement de son des­tin en Bolivie.

L’insoutenable pesanteur de l’être

De cela, de la tra­jec­toire qu’il met sobre­ment et silen­cieuse­ment en scène, La Paz sem­ble faire une démon­stra­tion sim­ple, posée et heureuse­ment courte : voici com­ment se regagne l’espoir. Mais ce film con­tem­platif se tient trop loin du monde : rien ne répond jamais aux gros plans sur les vis­ages, sinon in fine un sub­lime panora­ma des mon­tagnes bolivi­ennes. Soit, mais avant ? Retranchés dans leur petit monde mal­heureux, les per­son­nages au regard vide n’en offrent qu’un tableau triste, auto­cen­tré, qui ne donne jamais le moin­dre con­tre­point à une acca­blante tristesse.