Plaisir de la répéti­tion, du babil et de l’exploration renou­velée d’un univers aux sources intariss­ables (la grande his­toire) sont les guides d’une comédie réussie man­quant peut-être par­fois de la lib­erté atom­ique des films de Ben Stiller lui-même.

Le suc­cès inat­ten­du, en 2007, de La Nuit au musée sous-entendait d’emblée la pos­si­bil­ité d’un sequel qui arrive aujourd’hui dans nos salles. Le pre­mier opus de Shawn Levy nar­rait les aven­tures d’un type (Ben Stiller) paumé dans le désor­dre de ses petites ambi­tions ratat­inées et de ses rêves de doux et naïf Géo Trou­ve­tou de bas étage. Men­acé par les cir­con­stances, il était con­traint de pren­dre le pre­mier job venu pour regag­n­er l’estime de son fils et c’est ain­si qu’il entrait dans le monde mer­veilleux, fan­tas­mé, univers de con­te où l’inanimé prend vie – très proche des jou­ets d’Andy dans Toy Sto­ry – du musée d’histoire naturelle de la ville de New York.

Cette fois, Lar­ry Daley n’est plus le gar­di­en de nuit du musée mais un self-made win­ner qui s’est enrichi du suc­cès de ses inven­tions médiocres type la lampe qui brille dans le noir et il est devenu une véri­ta­ble source de con­fi­ance et d’inspiration pour les autres. Ses vieux amis de cire, de pâte, d’os et autres ont été rem­placés par des images 3D et des holo­grammes («le musée 2.0») et démé­nagés à Wash­ing­ton, pour cause de ringardise, dans les archives du plus grand musée du monde, là où le mythe Oba­ma trace l’histoire à toute allure et sur­plombe d’un étage Napoléon et les pharaons (on voit même Lin­coln – donc l’Amérique – revivre, se remet­tre debout). En cela, le film est aus­si por­teur d’un opti­misme retrou­vé, ou sim­ple­ment excité.

La Nuit au musée 2, c’est l’histoire d’un rêveur impuis­sant qui, s’étant débat­tu con­tre le noir, court désor­mais après son sens per­du de l’irréalité, sans plus jamais désir­er ren­con­tr­er les lim­ites de son imag­i­naire où se croisent des pieu­vres et des fusées. Alors que le pre­mier volet était de l’ordre de l’apprentissage – Lar­ry Daley en pas­sait par toutes sortes d’épreuves dif­fi­ciles à admet­tre comme réelles pour finale­ment par­venir à accepter son pro­pre imag­i­naire refoulé d’enfant et se rap­procher de son fils – ce deux­ième épisode ne sem­ble être né que du plaisir à filmer et met­tre en scène les songes du réel, sim­ple pro­longe­ment du pre­mier. Les répéti­tions de gags (Steve Coogan hila­rant en assail­lant per­du dans le grand silence) ou les tics scé­nar­is­tiques (la brune dégage, la rousse débar­que) pour­raient ne faire de ce film qu’un sim­ple bal­bu­tiement de La Nuit au musée et pour­tant, comme on a pu le dire avec OSS 117 (voir sa cri­tique dans Les Cahiers du Ciné­ma d’avril 2009), il sem­blerait que le docile sché­ma-con­cept du film offre des mil­liards de con­tin­u­a­tions pos­si­bles. Roo­sevelt et les hommes de Nean­derthal étaient les stars du pre­mier chapitre, Napoléon, Ivan le Ter­ri­ble et Al Capone siè­gent en bonne place dans le suiv­ant. Les infinies ressources de l’Histoire pour­raient ain­si ali­menter à foi­son le corps – certes mai­gre, ou sim­ple – du sché­ma de départ, à savoir un homme voy­ant revivre et défil­er dans le sens d’une fresque éclatée au présent l’Histoire devant ses yeux, le tout enfer­mé dans un bocal (sa boîte crâni­enne?): le musée.

Ce qui étonne encore ici, c’est l’influence des séries (appari­tions des vedettes de The Office notam­ment) sur la qual­ité des sec­onds rôles. Alors que dans cer­tains films comiques des années 1990 (on pense par exem­ple aux ombres nullis­simes des fan­tas­tiques Jeff Daniels et Jim Car­rey de Dumb et Dumb­er), les per­son­nages de l’ombre n’étaient que de sim­ples faire-val­oir des grands rôles, les per­son­nages sec­ondaires de La Nuit au musée 2 sont sou­vent très réus­sis, créant presque des sketch­es à part entière, et faisant du film une galerie de morceaux de bravoure comique. Il ne sem­ble plus y avoir de sous-appari­tion dans les comédies de la bande à Stiller ou du clan Apa­tow: chaque minute compte et con­te.