La Blonde aux seins nus est un film curieux. Curieux, mais raté. Qui ne ressem­ble pas à grand-chose dans le paysage ciné­matographique français actuel, tout en souf­frant de faib­less­es assez répan­dues dans ce dernier : ambi­tions non tenues, inco­hérence styl­is­tique, regard incer­tain.

Un film entière­ment situé sur une péniche par­courant fleuves et canaux de la région parisi­enne : l’idée n’était pas mau­vaise. (Pas neuve, certes, puisque Jean Vigo en a tiré un chef‑d’œuvre il y a presque qua­tre-vingts ans… Mais, dis­ons, sus­cep­ti­ble d’être revi­tal­isée.) Dom­mage que le regard en biais sur Paris que promet­tait un tel pos­tu­lat ne soit pas là, et que le film ne donne pas non plus dans l’abstraction poé­tique qui ferait oubli­er cette carence. Vagues nota­tions sociales et ten­ta­tives de s’ex­traire du temps, réal­isme pas vrai­ment ancré et onirisme ne trou­vant pas sa vitesse de croisière : La Blonde aux seins nus nav­igue entre deux eaux.

Que le film ne ressem­ble pas à grand-chose ne sig­ni­fie pas pour autant qu’il vienne de nulle part. On sent notam­ment une envie d’importer un imag­i­naire améri­cain en ter­ri­toire français[1] : Tom Sawyer, La Nuit du chas­seur, Riv­ière sans retour ou L’Autre Rive de David Gor­don Green ne sont jamais loin de cette dérive en ter­ri­toire impres­sion­niste (le titre fait référence au tableau de Manet que les per­son­nages dérobent au musée d’Orsay avant de se lancer sur la Marne). Mais il manque sans doute au film, pour fonc­tion­ner « à l’américaine », un par­cours plus franc des per­son­nages, une solid­ité dans l’investissement des gen­res – le polar, notam­ment, traité par dessus la jambe. Ou, pour emporter la mise façon bien de chez nous, une mise en scène moins sage, lâchant davan­tage de prise dans sa quête de sen­sa­tions et son explo­ration des sen­ti­ments.

En l’état, les sit­u­a­tions invraisem­blables s’enchaînent sans jamais faire mouss­er un plaisir du feuil­leton­nant, des méchants pas vrai­ment menaçants passent en coup de vent et les enjeux sen­ti­men­taux restent brossés à gros traits. Dom­mage, il pou­vait naître quelque chose de la rela­tion entre deux frères vivant l’un dans la haine, l’autre dans le manque de leur père absent, ain­si que de leur rival­ité iné­gale face à la jeune femme ayant fait irrup­tion dans leur vie. Mais les acteurs man­quent franche­ment de fer­veur, et le per­son­nage de ladite jeune femme, cen­sé don­ner souf­fle aux fan­tasmes sus­cités par le titre, est assez pénible. Mal­gré l’incarnation de Vahi­na Gio­cante, Ros­alie reste une pure idée éculée de la fille sage qui se décou­vre sauvage, imprévis­i­ble, manip­u­la­trice, douce, sen­suelle… Et puis qui fait le ménage et la cui­sine pour les hommes, quand même, parce que faut pas trop décon­ner non plus.

Notes

Notes
↑1 Tiens, his­toire de com­par­er l’incomparable, voilà qui rap­pelle Tournée, autrement plus con­va­in­cant en la matière…