Depuis Mon petit doigt m’a dit, on doutait légère­ment de la pos­si­bil­ité de renou­veau d’un ciné­ma qui tend au comique mais reste dans ses dia­logues, sa direc­tion d’ac­teur et son cadre, assez lourd et imposant. Pas­cal Thomas renoue avec une tra­di­tion très poseuse du sus­pense, avec ses sché­mas nar­rat­ifs et ses per­son­nages très mar­qués, mais ne parvient que très rarement à ren­dre son sujet réelle­ment pas­sion­nant. Pour une rai­son assez sim­ple : lui-même a prob­a­ble­ment trop huilé la mécanique comique pour que sorte de ce film une quel­conque spon­tanéité.

Pas­cal Thomas aimait déjà les familles, les groupes, et en avait tiré une sub­stance sym­pa­thique dans des films comme Les Maris, les femmes, les amants, ou, plus récem­ment, Le Grand Apparte­ment. On retrou­ve ici son amour des ban­des loufo­ques au tra­vers d’une adap­ta­tion lit­téraire qui a vis­i­ble­ment dérouté ce grand lecteur qu’est Pas­cal Thomas. Mais il ne parvient jamais à insuf­fler une réelle caus­tic­ité, ou une ironie légère tant son adap­ta­tion est alour­die par des sché­mas nar­rat­ifs con­testa­bles, des décors baro­ques et une lumière passée… qui font regret­ter la drô­lerie imag­i­na­tive des derniers films de Bruno Poda­ly­dès comme Le Par­fum de la dame en noir. L’Heure zéro, selon Agatha Christie, est cet instant créé par une suite d’événe­ments antérieurs qui mènent au crime, à la révéla­tion du sens de ces événe­ments.

Et le bât blesse dès le départ : une tripotée d’av­o­cats et d’en­quê­teurs dis­cu­tent dans un salon cosy (feu de bois, fau­teuils en cuir…) d’une affaire. Mis­es à part les appari­tions de jeunes acteurs très faux qui s’é­ton­nent de la com­plex­ité de la machine judi­ci­aire, Pas­cal Thomas se place immé­di­ate­ment dans l’idée de recon­sti­tu­tion du mys­tère. Pourquoi cette intro­duc­tion mal­adroite et un brin sta­tique ? Il campe son décor avec minu­tie, mais égale­ment avec un peu trop de lenteur. Ain­si met-il une petite heure à recen­tr­er son sujet : le meurtre. Entre-temps, il nous a présen­té ses per­son­nages : les Neville, qui com­porte la vieille tante (tou­jours déli­cieuse Danièle Dar­rieux, la seule à don­ner le change en terme de fan­taisie), le neveu pas si fade que cela (Melvil Poupaud), la nou­velle femme du neveu (hys­térique Lau­ra Smet, pas très fin­aude sur ce coup-là), l’an­ci­enne femme du neveu (très digne Chiara Mas­troian­ni), amis et tut­ti quan­ti. Ce n’est pas un mys­tère, c’est la vielle tante pleine aux as qui va mor­fler. Mais qui l’a tuée ? L’in­specteur Bataille pré­ten­du­ment orig­i­nal (inter­prété par un François Morel plein de tal­ent mais très mal dirigé) va trou­ver la clé d’un crime presque par­fait.

Pas­cal Thomas super­pose les images et sem­ble s’in­téress­er bien plus à un décor physique en fil­mant les vagues bre­tonnes qui se cassent sur les rochers, les escaliers de bois sculp­tés (lieu top­ique du ciné­ma de sus­pense) et autres chem­inées, qu’au décor humain qui devrait expli­quer bien davan­tage le chemin vers cette heure zéro. Quelques dia­logues bien trem­pés ne parvi­en­nent pas à don­ner le rythme de la coupure, du retourne­ment, bref, du comique ironique et fan­faron. Le film préfère bien sou­vent le comique de répéti­tion ‑au tra­vers de plusieurs séquences de pleurs d’une des bonnes, très énervantes‑, voire le grotesque out­ranci­er. Si l’in­trigue devient plus intéres­sante lorsque le crime a été com­mis (et il faut atten­dre), l’en­quête n’est pas assez fine pour faire appa­raître le dénoue­ment comme vrai­ment sur­prenant. C’est un film de décor, et donc un film assez déco­ratif.