Le traque­ur d’un tueur en série se retrou­ve pro­jeté dans le passé et tente d’anticiper la vague de meurtres à venir. Sur ce canevas pas très orig­i­nal où se côtoient enquête poli­cière et para­noïa de cir­con­stance, Ger­mi­nal Alvarez greffe une his­toire d’amour téléphonée pour don­ner un peu d’épaisseur aux per­son­nages. Mais rien n’y fait : dépourvu de sus­pense et lesté de sa matière, L’Autre Vie de Richard Kemp ressem­ble à un mau­vais épisode des Experts.

Cer­tains films pour­raient être don­nés en exem­ple pour anticiper tous les pièges que recèle une fausse-bonne idée de scé­nario. L’Autre Vie de Richard Kemp en est la par­faite démon­stra­tion tant le réal­isa­teur, dont c’est ici le pre­mier long-métrage, sem­ble s’être trop bien accom­modé des enjeux posés par cette pro­jec­tion dans le passé pour ne pas en assumer la com­plex­ité géo­graphique et tem­porelle. À la dif­férence de Retour vers le futur, de Peg­gy Sue s’est mar­iée ou encore plus récem­ment de Camille redou­ble, Ger­mi­nal Alvarez ne s’en­com­bre pas des inter­ro­ga­tions tem­porelles qui sur­gis­sent du rap­port entre passé et présent ; il prend sim­ple­ment pour acquis que tout est redéfi­ni par la quête très indi­vid­u­al­iste de Richard Kemp, au risque de nous faire pass­er le per­son­nage pour un mon­stre d’égoïsme pas franche­ment sym­pa­thique. Tous les enjeux dra­ma­tiques sont con­ver­tis à sa seule cause, ramenant le scé­nario à cette traque qui ne pas­sionne pas un seul instant, et asservis­sant les per­son­nages sec­ondaires à cette mécanique trop médiocre.

C’est d’autant plus dom­mage que tous ne méri­taient pas un tel sort : en tête, celui de la jeune psy­cho­logue incar­née par la tal­entueuse Mélanie Thier­ry, une nou­velle fois mal et sous-employée par l’industrie du sep­tième art. D’abord trou­blée par l’his­toire de Richard Kemp, elle investit le film d’une charge mélan­col­ique exprimée au début en mode mineur puis qui s’étiole pro­gres­sive­ment sous le poids d’une logique nar­ra­tive rivée à l’enjeu ini­tial. Quelques bonnes idées en germe (notam­ment le dédou­ble­ment du per­son­nage prin­ci­pal qui finit par s’espionner lui-même) ne per­me­t­tent néan­moins pas au pro­jet de s’affranchir de cette pesan­teur trop par­faite­ment incar­née par Jean-Hugues Anglade. Si l’acteur a pu se dis­tinguer chez cer­tains réal­isa­teurs, force est de recon­naître que sa bat­terie d’expressions faciales est sou­vent bien trop lim­itée à son absence de pro­fondeur de jeu. Entre ironie vague­ment déplacée (lorsque son per­son­nage sauve un ado­les­cent des griffes du tueur) et insi­pid­ité (lors d’une vis­ite désolante au chevet de sa mère), l’acteur ne fait jamais preuve du charisme atten­du. C’est dire s’il ne mérite jamais sa parte­naire de jeu.