Attaché au des­tin de l’ancienne colonie du Con­go dev­enue Zaïre puis “République Démoc­ra­tique”, le doc­u­men­tariste belge Thier­ry Michel pour­suit avec ce nou­veau film sa longue évo­ca­tion de ce pays, mar­quée en 1999 par Mobu­tu, roi du Zaïre (revue du règne sin­guli­er de l’ancien libéra­teur devenu dic­ta­teur) et en 2006 par Con­go Riv­er (par­cours de l’histoire colo­niale du pays au fil de son fleuve). Ici, il tâche de met­tre en lumière les aléas de l’exploitation des ressources minières du pays par des entre­pris­es étrangères. Sur un chem­ine­ment plus ou moins chronologique, le film va et vient entre les dif­férents acteurs de l’exploitation des min­erais de cuiv­re et de cobalt encore en abon­dance dans le sous-sol de la province con­go­laise du Katan­ga. On croise tour à tour : les “creuseurs”, le bas de l’échelle, qui extraient la manne plus ou moins légale­ment pour la marchan­der avec les plus gros exploitants ; les groupes indus­triels implan­tés depuis l’époque colo­niale ; les nou­veaux investis­seurs étrangers (notam­ment chi­nois, la République Pop­u­laire s’invitant de plus en plus dans les affaires africaines ces dernières années) ; enfin les poli­tiques locaux qui ten­tent de jouer les arbi­tres économiques et soci­aux, et dont on con­state dans la rhé­torique et les rap­ports avec leurs admin­istrés le pater­nal­isme hérité de l’ancien colon.

Le for­mat du doc­u­men­taire peut rap­pel­er le côté appliqué et un peu sec du reportage télévisé (brièveté, illus­tra­tion musi­cale par des thèmes “african­isants” et “ori­en­tal­isants” bon marché). Cepen­dant, la con­struc­tion du réc­it con­tred­it cette impres­sion, en se reposant prin­ci­pale­ment sur son découpage pour porter un véri­ta­ble dis­cours. Le film véhicule et orchestre une prise de con­science pal­pa­ble des enjeux de cette exploita­tion du sol katan­gais, offrant un regard non neu­tre mais dépourvu d’affect sur la sit­u­a­tion d’un pays poli­tique­ment libéré mais vic­time d’une forme nou­velle de coloni­sa­tion économique. Le com­men­taire off est min­i­mal, seule­ment dévolu à intro­duire les séquences. C’est au pur mon­tage et au choix des séquences d’entretiens et de cap­ta­tion qu’il incombe de retran­scrire le pas­sage de relais entre les vieilles entre­pris­es nées sous la dom­i­na­tion belge et les multi­na­tionales au dia­pa­son du nou­v­el ordre économique mon­di­al, ain­si que les dif­fi­cultés d’une pop­u­la­tion peu sus­cep­ti­ble de jouir des fruits de cette activ­ité indus­trielle en plein remous. Mais le plus ciné­matographique — et le plus intéres­sant — du film n’est pas ce qui y appa­raît explicite­ment, mais ce que les images racon­tent implicite­ment.

“Vanité de la parade”

Au-delà du con­stat factuel, Katan­ga Busi­ness traduit une cer­taine désil­lu­sion du point de vue, la réal­i­sa­tion que les solu­tions espérées aux prob­lèmes actuels des Katan­gais ne sont pas vrai­ment à portée de main. Ce pro­pos désen­chan­té s’appuie pour le mieux sur les inter­mèdes met­tant en scène le gou­verneur de la province du Katan­ga, Moïse Katumbi. Per­son­nage au verbe haut et au cha­peau de cow-boy, il appa­raît régulière­ment tel un messie redresseur de torts, apte à canalis­er et à calmer le mécon­tente­ment des foules, fustigeant la cor­rup­tion, jouant les arbi­tres entre patrons et tra­vailleurs quitte à ren­dant autori­taire­ment et en per­son­ne la jus­tice sociale, tout cela à coups de déplace­ments très publics à tra­vers la province. Le film com­mence par faire mine de jouer la con­nivence avec la promesse qu’il porte d’un avenir plus sere­in pour la pop­u­la­tion katan­gaise. Mais la suite, avec la suc­ces­sion des investis­seurs étrangers et la main­mise gran­dis­sante du marché inter­na­tion­al, met à jour la van­ité de la parade d’un poli­tique qui brasse beau­coup d’air et d’espoir, mais dont les méth­odes se révè­lent inaptes à apporter des solu­tions sociales con­crètes aux réper­cus­sions de la nou­velle donne économique de la région. Le car­ton de con­clu­sion, effet habituelle­ment som­maire et paresseux, tombe ici véri­ta­ble­ment comme un rideau et un couperet, met­tant fin aux illu­sions et aux promess­es, sig­nifi­ant la réal­i­sa­tion d’une marche du monde où les pays les moins favorisés peinent à être maîtres de leur des­tin.