Tom Han­ks, pour son sec­ond pas­sage der­rière la caméra depuis That Thing You Do ! (1996), s’évertue à faire pass­er la pilule de la crise économique en la gref­fant sur le mythe améri­cain, si fécond en réc­its, du « reborn » – ou, si l’on veut, du phénix qui renaît de ses cen­dres. Sachez, vic­times de la crise, qu’un licen­ciement économique peut faire de vous un homme nou­veau, mieux adap­té à ses besoins, plus stylé, et moins céli­bataire.

Lar­ry Crowne (Tom Han­ks), quin­quagé­naire con­fit dans son job de chef de ray­on, se fait vir­er un beau matin du super­marché où il a tra­vail­lé durant des années. Décon­fi­ture. Il prof­ite du temps que lui laisse la liq­ui­da­tion de ses biens pour s’in­scrire à l’u­ni­ver­sité, s’y faire plein d’amis et cra­quer pour Mme Tain­ot, son pro­fesseur d’ex­pres­sion orale (Julia Roberts), blasée au tra­vail comme à la mai­son et légère­ment portée sur la bouteille.

Dans ce cadre de comédie roman­tique, la renais­sance de l’employé mod­èle s’ac­com­plit sur deux plans : 1) l’ap­pren­tis­sage d’un nou­veau mod­èle économique (dans le sens où le chô­mage le pousse à faire des économies, mais aus­si par sa fréquen­ta­tion d’un cours d’é­conomie à la fac) ; 2) l’a­ban­don de la ringardise pour le cool. Se ren­dant compte que le réser­voir de son 4x4 est un véri­ta­ble gouf­fre financier, Lar­ry opte pour un scoot­er d’oc­ca­sion, dont une bande de jeunes afi­ciona­dos lui révèle la valeur vin­tage. Son inté­gra­tion par­mi eux passe aus­si par un relook­ing qui facilit­era son aisance au cours de Mme Tain­ot. Peu à peu, le film se réduit comme peau de cha­grin à son argu­ment pub­lic­i­taire : con­som­mer moins vous rend plus cool.

Il y a tou­jours eu, chez Tom Han­ks acteur, un côté fay­ot, élève appliqué, brave gars mais sans aspérité (sauf peut-être dans Seul au monde où il ne se rase pas), qui d’une part explique sa longue col­lab­o­ra­tion avec Ron Howard et, d’autre part, se retrou­ve tel quel dans sa mise en scène. Ici, il fait fi de la ques­tion régres­sive qui tra­vaille actuelle­ment la comédie US et enrobe son réc­it, somme toute assez plat, d’une couche d’élé­gance suran­née, très regard­able – parce que tous ses col­lab­o­ra­teurs font très bien leur méti­er, comme nous l’ap­prend le dossier de presse – mais aus­si totale­ment irréal­iste. Il faut voir un peu la représen­ta­tion asep­tisée de la jeunesse estu­di­antine, gen­tils ama­teurs de scoot­ers, club du troisième âge anticipé, pour con­stater à quel point Han­ks brosse son pub­lic dans le sens du poil, tout en soignant son image. Il n’est jamais trop tard ne dépasse jamais l’hori­zon esthé­tique WASP auquel son acteur-réal­isa­teur star doit toute sa car­rière.

Reste le prob­lème de la comédie roman­tique – toute la par­tie « Julia Roberts » du film. Qu’on le veuille ou non, le genre se nour­rit de dis­tance. Canon­ique­ment, c’est celle qui séparait Mia­mi de New York dans le film-matrice de Frank Capra (New York-Mia­mi), où l’é­cart géo­graphique par­cou­ru par Clark Gable et Claudette Col­bert agis­sait con­tre l’é­cart social qui les séparait. Dans Il n’est jamais trop tard, si les oppo­si­tions sont posées en principe (professeur/élève, ringardise/élégance, employé/savant), elles sont par la suite très vite escamotées. Tout coule de source, tout s’emboîte trop facile­ment. Han­ks réal­isa­teur se refuse à filmer l’ef­fort, la galère, la lutte à men­er, ce char­bon de la comédie. À croire qu’une goutte de sueur per­lant sur son front terni­rait son image de gen­dre idéal. Il suf­fit à Julia Roberts d’une soirée beu­ver­ie pour tomber dans les bras de son élève qui, brave gars, saura ne pas en prof­iter. Ce flux sans résis­tance, cette méta­mor­phose aus­si aisée qu’une année sab­ba­tique, nous livre en deux mots le fond incon­séquent du film, mes­sage d’une star hol­ly­woo­d­i­enne aux vic­times de la crise : « Y’a qu’à » !