Home­front fait par­tie de ces films obsédés par leur rythme et leur capac­ité à mul­ti­pli­er les grandes scènes, les points d’an­crage et de gon­fle­ment d’une action qui reste sim­ple et sans grand intérêt. Sans res­pi­ra­tion, le film de Gary Fled­er, scé­nar­isé par Sylvester Stal­lone, enchaîne les fra­cas sonores et visuels à grand ren­fort d’at­taques mus­clées et de défense poilue du code de l’hon­neur.

Bouche-toi les oreilles

Car Home­front est avant tout un film bruyant : dès la scène d’ou­ver­ture, Gary Fled­er veut frap­per fort et assène une suc­ces­sion de gros plans mon­tés à la vitesse de la lumière, de sirènes de police toni­tru­antes et de mou­ve­ments tant soulignés qu’ils sem­blent bien vains. Phil Bro­ker, agent de la DEA (les Stups améri­cains), par­ticipe à l’ar­resta­tion mus­clée d’un réseau de trafi­quants après l’avoir infil­tré : on perçoit dès cette intro­duc­tion qui extir­perait un sourd de son som­meil la final­ité unique d’un décor matériel et humain qui ne paraît servir qu’une seule cause, la sacro-sainte effi­cac­ité d’un ciné­ma dont la pre­mière volon­té est de retenir l’at­ten­tion en per­ma­nence, quitte à la main­tenir arti­fi­cielle­ment. Après cette entrée en matière à la logique martelée (l’ar­resta­tion mène au meurtre du fils d’un des trafi­quants, qui va donc se venger), Bro­ker s’est instal­lé dans une petite ville de Louisiane avec sa jeune fille. Très rapi­de­ment, le blou­son noir du coin, Bod­ine (James Fran­co, que l’on aura rarement vu aus­si bovin) recon­naît Bro­ker et perçoit en lui une mine d’or : avec l’aide de sa droguée de com­pagne (inter­prétée par une Winona Ryder assez fan­toma­tique), il décide de livr­er Bro­ker au par­rain local qui lui per­me­t­trait, en échange, de faire fruc­ti­fi­er sa petite entre­prise de métham­phé­t­a­mines. Et tout cela con­tin­ue, jusqu’à l’ex­plo­sion finale, la grosse bas­ton couil­lue que tout le monde attend, et au terme de laque­lle le bien tri­om­phe et la jeune fille, bre­bis mar­tyrisée, est sauvée des griffes du san­guinaire.

Ferme les yeux

L’i­den­tité visuelle de Home­front est assez foutraque : réal­isa­teur de quelques épisodes de The Shield, Gary Felder en a gardé l’ur­gence, la ten­sion per­ma­nente. Mais elles sem­blent ici vidées de leurs enjeux dra­ma­tiques, et finis­sent par tourn­er à la par­o­die ou la répéti­tion d’un rythme, d’une musique et d’un mon­tage de générique. Les con­trastes sont trop sai­sis­sants pour ne pas tomber dans la caté­gori­sa­tion et la créa­tion d’une grille de com­préhen­sion sim­pliste : le décor de bay­ou et de marécages, envoû­tant le jour et ter­ri­fi­ant la nuit, est seule­ment sur­volé, revient comme un motif, une clé de lec­ture, mais ne devient jamais espace de ciné­ma, de mise en scène stric­to sen­su de la vio­lence. Et n’ayant pas grand-chose à regarder, l’on finit par se pencher sur ce que dis­ent les vignettes suc­ces­sives : un homme blessé par la mort de sa femme et le dan­ger qui entoure sa fille inno­cente va finale­ment utilis­er à bon escient le deux­ième amende­ment de la con­sti­tu­tion améri­caine (celui qui lui per­met de porter une arme défen­sive) et retrou­ver la sérénité dans l’ex­plo­sion d’une vio­lence légitime. Sans faire de Home­front un spot de pub­lic­ité pour la NRA, il est tout de même éner­vant d’as­sis­ter à une énième con­cep­tion de la vengeance comme une lutte entre des vic­times sac­ri­fiées (qui savent cepen­dant manier un fusil) et des bour­reaux qui syn­thé­tisent tout ce que le monde con­tem­po­rain con­tient de plus bas et mau­vais (la drogue, la bêtise, la pros­ti­tu­tion et même le reniement du noy­au famil­ial). Tout cela tourne en rond, épuise globes ocu­laires et oreilles aux tym­pa­ns frag­iles, et ne fait rien d’autre que flat­ter une puis­sance mas­cu­line sous cou­vert de défense d’un monde plus juste que l’autre.