Au début, on s’at­tend un peu à voir le dernier gros nanar de l’été, sorte de sous-Guerre des mon­des (sans le pres­tige du réal­isa­teur), ou par­o­die bêti­fi­ante de Star Wars, dans le style Amer­i­can Pie ou Scary Movie. En vérité, notre plus grande erreur est d’être tout sim­ple­ment passé à côté d’un must : le best-sell­er de Dou­glas Adams, Le Guide galac­tique (en cinq vol­umes), énorme suc­cès dès sa paru­tion en 1979, qui, aujour­d’hui, tel le Har­ry Pot­ter de la sci­ence-fic­tion, con­tin­ue de ral­li­er des incon­di­tion­nels par cen­taines.

Dans la vie, Dou­glas Adams ne cachait pas son ami­tié pour un cer­tain… Gra­ham Chap­man, mem­bre émérite des plus sym­pa­thiques Anglais du XXe siè­cle : les Mon­ty Python. Savoir cela, c’est aus­si com­pren­dre la rai­son d’être de l’ou­vrage : le fameux non­sense bri­tan­nique, fes­ti­val d’ab­surde et de loufo­queries en tous gen­res. Le héros du Guide galac­tique ne pou­vait donc être qu’un Anglais très très moyen, qui, le jour où la Terre est détru­ite par une armée d’Aliens par­ti­c­ulière­ment laids et stu­pides, se retrou­ve à bord d’un vais­seau spa­tial et reste, bien enten­du, inca­pable de maîtris­er un tant soit peu la sit­u­a­tion. Entouré d’une bande de din­gos, dont un prési­dent de la Galax­ie à deux têtes et un robot dépres­sif, le dénom­mé Arthur par­ticipe mal­gré lui à la quête du Saint Graal des temps mod­ernes : la ques­tion suprême de l’u­nivers, à laque­lle la réponse est… quar­ante-deux.

Le meilleur du film, c’est de n’avoir pas gâché les pré­cieuses trou­vailles de Dou­glas Adams par une surenchère d’ef­fets spé­ci­aux. Depuis les derniers opus de Star Wars, la barre est placée si haut dans le domaine de la sci­ence-fic­tion que vouloir la franchir relève presque du com­porte­ment sui­cidaire. Mais Le Guide galac­tique ne joue pas sur les mêmes reg­istres. Son créneau, d’une mod­estie imbat­table : faire advenir tout ce qu’il y a de plus improb­a­ble (comme par exem­ple, la mort d’un cachalot dans l’e­space) et se pos­er toutes les ques­tions qui ne nous sont jamais venues – et ne nous vien­dront jamais – à l’e­sprit. Et parce que Dou­glas Adams a bien retenu les leçons de ses com­pa­tri­otes du Fly­ing Cir­cus, toutes ces ques­tions par­ticipent quand même d’un ques­tion­nement extrême­ment intel­li­gent sur le sens de la vie et rel­a­tivisent les inter­ro­ga­tions exis­ten­tielles des pau­vres humanoïdes que nous sommes (puisque nous ne sommes que les troisièmes créa­tures les plus intel­li­gentes sur Terre, après les souris et les dauphins).

Les fans, évidem­ment, seront déçus de ne pas retrou­ver tout à fait l’e­sprit très fin­aud du livre. N’ou­blions pas que H2G2, le guide du voyageur galac­tique est d’abord, dans l’e­sprit des pro­duc­teurs, un pro­duit rentable. Pour plaire à un plus large pub­lic, l’his­toire a donc été sim­pli­fiée dans le sens de la car­i­ca­ture (le per­son­nage du prési­dent de la galax­ie est un minet d’une blondeur insup­port­able) ou agré­men­tée de saynètes qui n’ex­is­taient pas à l’o­rig­ine, et notam­ment d’une love sto­ry entre les deux pseu­do-héros, Arthur et Tril­lian. Une façon comme une autre de remet­tre les pieds du spec­ta­teur (pour­tant récal­ci­trant) sur Terre. Mais par­i­ons que l’énorme suc­cès du film aux États-Unis aura en France des réper­cus­sions sur… le ray­on sci­ence-fic­tion des librairies. Le compte à rebours est lancé, et c’est plutôt une bonne nou­velle.