« Un cin­tre bien­tôt à la retraite », voilà com­ment Frankie se définit. Elle est belle, elle est mal­heureuse, et s’en­fonce pro­gres­sive­ment dans une dépres­sion. Elle est jouée par Diane Kruger qui, mal­gré quelques moments de grâce, de ful­gu­rance, ne parvient pas à sauver cette ten­ta­tive de pein­ture réal­iste d’un monde cru­el. L’im­age, le réc­it, trop démon­strat­ifs, peinent à se con­stru­ire et à faire partager les sen­ti­ments des per­son­nages. La caméra, tan­tôt aéri­enne mais trop sou­vent insis­tante dans le mou­ve­ment, devient rapi­de­ment fati­gante. On croit volon­tiers aux tal­ents de la réal­isatrice et de son actrice qui s’esquis­sent, mais on reste sur sa faim.

Frankie com­mence sur des images pleines de lumières, de légèreté, d’e­spoir, de grâce même. Diane Kruger sous le soleil, son joli minois et les brindilles de blé dans les cheveux. Ce ciel bleu et ses mou­ve­ments alléchants ne sont pour­tant qu’un leurre. Frankie est dans un hôpi­tal psy­chi­a­trique pour soign­er sa dépres­sion, résul­tat d’une vie pro­fes­sion­nelle insup­port­able dans le milieu de la mode. Elle est là pour soign­er sa soli­tude car, au milieu des flashs, elle est aban­don­née à elle-même. Et Fabi­enne Berthaud s’emploie à le mon­tr­er lors de scènes assez répéti­tives: durant une séance de pho­tos, tout le monde par­le sauf elle; elle n’a pas son mot à dire. On la maquille, on la coiffe, on s’oc­cupe d’elle, ou plutôt de ce qui pour­ra servir. Mais à trop l’isol­er dans le cadre, on finit par se lass­er de cette soli­tude, de cette volon­té de mon­tr­er l’hu­mil­i­a­tion con­stante et par ailleurs ter­ri­ble que subit la jeune femme.

Si quelques pas­sages sont assez con­va­in­cants, sou­vent grâce à Diane Kruger, comme le coup de télé­phone que Frankie tente de don­ner à sa mère, l’ensem­ble reste flou. De la romance pure à la pein­ture sociale, des gros plans répéti­tifs et empha­tiques aux trem­ble­ments de l’im­age, la réal­isatrice fait un véri­ta­ble bouil­lon de cul­ture dans lequel on se noie. Elle a voulu filmer en vidéo, pour­suiv­ant la recherche d’un effet de réel, mais les jeux de lumière (écla­tante pour mon­tr­er la renais­sance psy­chologique de Frankie, exagéré­ment som­bre dans les moments de dés­espoir) y mêlent la super­fi­cial­ité d’une esthé­tique un brin car­i­cat­u­rale. La laideur côtoie alors le manque d’in­spi­ra­tion. La trame nar­ra­tive, aus­si éclatée que l’est la con­struc­tion ciné­matographique, ne con­va­inc pas non plus. On recon­naît le désir de bien faire et on attend la suite. Mais, pour cette fois, qui trop embrasse mal étreint.