Aus­si indéracin­ables que des mar­ronniers, les cadors du film d’action années 1980–90 revi­en­nent (encore), pour une suite que la tra­di­tion et le suc­cès du pre­mier volet appelaient for­cé­ment. Si le cast­ing s’épaissit avec quelques kilo­grammes de mus­cles sup­plé­men­taires, le maître de céré­monie Stal­lone laisse sa place de réal­isa­teur à Simon West, pour un résul­tat plus… raf­finé.

Les Expend­ables sont has-been, et ils le savent très bien : la pre­mière aven­ture des mer­ce­naires lais­sait mal­gré tout une impres­sion un peu pathé­tique d’obsolescence involon­taire mais bien réelle, le long-métrage s’enfonçant dans de mau­vais effets, des per­for­mances d’acteurs ris­i­bles et un scé­nario douloureuse­ment eight­ies (le dic­ta­teur vénézuélien…). Expend­ables 2 n’est tou­jours pas l’adaptation d’un roman de John Le Car­ré : le méchant y est cru­el, le plu­to­ni­um russe et les troufions criblés de balles, mais le sec­ond degré qui man­quait atro­ce­ment au pre­mier volet pour le ren­dre potable est ici bien présent, si bien qu’il devient le véri­ta­ble fond de com­merce de la fran­chise.

Il suf­fi­ra pour s’en con­va­in­cre de guet­ter les réac­tions des spec­ta­teurs à l’arrivée de Chuck Nor­ris, une des nou­velles recrues d’Expend­ables 2 : précédé d’une répu­ta­tion d’invulnérable com­bat­tant acquise sur Inter­net plus qu’à la télévi­sion ou au ciné­ma, l’acteur Chuck Nor­ris dépasse le per­son­nage qu’il incar­ne, et dont on oublie vite le nom. Le phénomène s’observe pour chaque pro­tag­o­niste : très vite, la fil­mo­gra­phie ou le statut de la célébrité occulte la moin­dre sub­stance fic­tive, et force est de con­stater que les noms (Stal­lone, « Schwarzy », Van Damme) se suff­isent générale­ment à eux-mêmes. Con­scients de leurs méth­odes bru­tales et out­rageuse­ment sim­plistes (on par­le ici aus­si bien des per­son­nages que des acteurs), les Expend­ables en rajoutent une couche : lorsque l’un d’entre eux tente une for­mule chim­ique pour sor­tir l’équipe de la panade, c’est en fin de compte la force brute qui les sauve, comme si l’action à l’ancienne se refu­sait absol­u­ment gad­gets et intel­lect. Face à leurs rem­plaçants de block­busters, soli­taires façon Jason Bourne ou bien super-héros, les vieux grincheux ten­tent tout de même le bras de fer dou­blé d’un bras d’honneur.

L’absence de scé­nario, qui évoque quelques per­les de la fil­mo­gra­phie de cha­cun (le Com­man­do de Schwarzeneg­ger, Uni­ver­sal Sol­diers de Van Damme et Lund­gren…) est finale­ment rat­trapée par une équipe beau­coup plus crédi­ble que celle du film précé­dent : au tan­dem omniprésent Statham-Stal­lone, on préfér­era ici une répar­ti­tion plus homogène des morceaux de bravoure et dia­logues, au point que la cohab­i­ta­tion s’avère par­fois hila­rante. L’aspect le plus réjouis­sant d’Expend­ables 2 n’est claire­ment pas son action effrénée, à l’inventivité zéro (ça tire et ça explose, même si West fait son petit clin d’œil aux Sept Samouraïs) si bien qu’elle passe inaperçue, ni son scé­nario, mais bien l’exercice réus­si de caméo auquel se livrent les dif­férents acteurs, allant jusqu’à échang­er leurs répliques cultes : Willis promet de revenir quand Schwarzeneg­ger bon­dit de joie en faisant « Yippee-ki-yay ». Sym­pa­thique, l’exercice peut toute­fois vite se retourn­er con­tre les acteurs, en sig­nant la fin de tout rebond dans leur car­rière : pour le prochain volet, il paraît que Nico­las Cage rejoint l’équipe…