Soient deux tranch­es d’une même vie brésili­enne, con­fron­tées en mon­tage par­al­lèle. Temps 1 : un bleu est envoyé en prison, échoue dans une cel­lule pleine de durs-à-cuire où il doit veiller à son intégrité physique, et y gagne peu à peu respect et pou­voir grâce à ses dons de cuisinier. Temps 2 : le même bleu, rat des champs, se fait embauch­er comme aide cuisinier dans un snack de São Paulo, s’en­tiche d’une pros­ti­tuée qui ne fait que jouer le jeu (cliché de l’in­no­cent qui croit trou­ver l’amour auprès d’une femme légère), passe du snack à un restau­rant bour­geois, suit son petit bon­homme de chemin qui le mèn­era à la maîtrise de son art, mais aus­si… en prison (voir temps 1). Autant dire que l’ef­fet de par­al­lélisme n’ap­porte guère autre chose que la démon­stra­tion de la même his­toire racon­tée deux fois, du bis repeti­ta vécu par le héros, de la même fable aux enjeux sim­ples à énon­cer (et fiers de cette sim­plic­ité, même quand ils relèvent du cliché bien dis­cutable) illus­trée en deux vari­antes siamoi­ses. Où les ali­ments et l’ar­ti­sanat qui les manip­ule (la cui­sine) ont, apprend-on, un petit côté sen­suel pas étranger au sexe (ah oui ? on est évidem­ment loin de l’of­fen­sive poli­tique ren­tre-dedans portée par un Mar­co Fer­reri), et où il faut se méfi­er des inno­cents (tiens donc).

Petite cuisine de la chair

Si la sim­plic­ité d’une fable est tou­jours plus une paresseuse garantie de con­fort de dis­cours que le reflet de la néces­sité d’une expres­sion artis­tique moins facile­ment résum­able, elle peut para­doxale­ment, puisqu’il s’ag­it d’une réponse fab­riquée et peu sincère, néces­siter quelques efforts vis­i­bles pour se faire illus­tr­er. Le réal­isa­teur Mar­cos Jorge ne coupe pas à cette besogne, pour faire pass­er au for­ceps sa trinité manger/baiser/régner comme s’il n’avait rien d’autre à dire. Décidé­ment ama­teur du bis repeti­ta, il lui faut deux fois le même plan pour bien faire com­pren­dre qu’en prison, plus haut on est dans la hiérar­chie, plus on est à l’abri de la sodomie. Deux fois on enten­dra un apho­risme sur le mod­èle “[tel ali­ment] c’est comme le cul d’une femme” (et les dernières min­utes d’en remet­tre une couche finale en un plan dilaté à l’ex­cès et espérant cho­quer le bour­geois). Quelques plans font dans le pail­lard juteux en réu­nis­sant bouffe et cul, en faisant comme si la cor­réla­tion était une évi­dence (inutile donc, selon lui, de creuser la ques­tion). Le film espère se créer un dis­cours gen­ti­ment sub­ver­sif avec seule­ment cela : des rac­cour­cis visuels et ver­baux dont le sim­plisme appelle une adhé­sion sans dis­cus­sion – et n’en est donc que plus dis­cutable. Mais à force de vouloir se faire lis­i­ble et con­den­sé, il n’en arrive qu’à étaler la pau­vreté de son regard sur les ingré­di­ents de sa petite cui­sine, le rap­port au corps, à la chair et à la nour­ri­t­ure, le sexe, la prison, les luttes de pou­voir etc. Pas vrai­ment de quoi se taper le ven­tre.