Si naît en vous un désir pro­fond d’intégrer une école de ciné­ma, suiv­ez les traces d’Erik Niet­zsche, avatar de Lars Von Tri­er, jeune garçon naïf qui va se mêler à une société cinéphile (mal­gré quelques doutes) cor­rompue dont il fau­dra bien se sor­tir vivant.

Bien plus con­nu en tant que mon­teur, Jacob Thue­sen l’est beau­coup moins quand il endosse le rôle de réal­isa­teur. Et à regarder Erik Niet­zsche, cette igno­rance sem­ble jus­ti­fiée. Loin de vouloir jouer les mau­vais­es langues en ce début d’année, force est de con­stater que ce réal­isa­teur danois n’honore pas vrai­ment son pays, qui pour­tant regorge de créa­teurs révo­lu­tion­naires, morts ou vivants, et dont il pour­rait tir­er des leçons. D’ailleurs, hormis l’amitié qui les lie, pourquoi Lars Von Tri­er, cet amoureux de Tarkosv­ki et d’Orson Welles, a‑t-il décidé de don­ner sa voix et sa plume à cette pau­vre his­toire sans goût, arbo­rant des clichés de mise en scène venus se mêler à des rebondisse­ments absur­des, ridicules et, pire, scatophiles? Une par­tie de la réponse se trou­ve dans le dossier de presse: sûre­ment parce qu’il a été cet Erik Niet­zsche. Ras­sur­ant… ou pas.

L’histoire est tirée d’une auto­bi­ogra­phie d’un jeune homme désireux de devenir un cinéaste digne de ce nom, heureux chanceux d’une erreur qui le con­duit à inté­gr­er la meilleure école artis­tique danoise dans les années 1970. Son par­cours et ses ren­con­tres atyp­iques décon­cer­tent et lais­sent une image de ce monde cinéphile bien amère, mais juste, bien que le grotesque absorbe par­fois la déri­sion des pro­pos. Si l’image de ses pro­fesseurs accrocs davan­tage à la nico­tine qu’à la pel­licule révolte, leurs désirs de con­formisme et leur pré­ten­du savoir épuisent. De plus, la créa­tiv­ité des élèves sem­ble étouf­fer celle du réal­isa­teur égale­ment, puisque inex­is­tante (enfin, presque). Entre images liss­es et couleurs chaudes, frappe l’impression d’être dans un film cocon­nesque entre­coupé d’images assez provo­cantes pour soulign­er un sem­blant d’anticonformisme. Sauf qu’à part les prob­lèmes diar­rhéiques du per­son­nage, l’originalité ne pointe guère le bout de son nez dans ce film.

Et si le héros pense pour­voir réalis­er un bon film en ne s’intéressant qu’aux plantes et à la vie sex­uelle du mar­quis de Sade, force est de con­stater que l’étroitesse de son imag­i­naire est mal­heureuse­ment com­pa­ra­ble à celle de son génie. Quant à la con­clu­sion mor­bide, à savoir la façon dont l’ingénu Erik Niet­zsche devient mis­an­thrope et aus­si per­vers que n’importe quel être humain, autant dire qu’il n’en fal­lait pas plus pour soupir­er nos com­plaintes et com­mencer une lente dépres­sion. Reste, pour sauver la mise, ce bel espoir de tout aspi­rant réal­isa­teur: les pre­miers pas de Lars Von Tri­er, ses pre­miers films, parsemés par-ci par-là, au gré des envies. Ces réminis­cences soulig­nent l’évo­lu­tion de l’artiste qui, une fois rassem­blées, for­ment un véri­ta­ble tré­sor.