Heitor Dhalia avait séduit avec À Deri­va, son troisième long-métrage présen­té au Fes­ti­val de Cannes 2009 dans la sélec­tion “Un cer­tain regard”. Le réal­isa­teur brésilien s’essaie aujourd’hui au thriller pour Lakeshore Enter­tain­ment sur un scé­nario d’Allison Bur­nett. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le regard sem­ble bien absent de ce tra­vail de com­mande. L’expérience améri­caine d’Heitor Dhalia s’avère fort peu con­clu­ante mal­gré l’énergie déployée par Aman­da Seyfried à l’écran.

Jill et Mol­ly Parish, deux sœurs com­plices, parta­gent une mai­son dans un quarti­er tran­quille. Mais Jill (Aman­da Seyfried) vit dans une para­noïa per­ma­nente. Vic­time d’enlèvement et de séques­tra­tion un an plus tôt, elle a organ­isé toute son exis­tence en fonc­tion de la réap­pari­tion poten­tielle de son bour­reau, dans l’appréhension de sa vengeance. Lorsque Jill ren­tre de son tra­vail et trou­ve la mai­son vide, elle imag­ine tout de suite que sa sœur a subi le même sort qu’elle. Comme la police ne croit pas à sa ver­sion des faits et met en doute la vérité de son pro­pre enlève­ment, elle entre­prend de retrou­ver elle-même Mol­ly. Con­va­in­cue que son aînée est séquestrée quelque part dans l’immensité des bois à la périphérie de Port­land, Jill décide de tra­quer les indices qui peu­vent la men­er au kid­nappeur meur­tri­er et se pré­pare à affron­ter son bour­reau pour en finir avec son statut de vic­time. Elle est per­suadée de ne dis­pos­er que de vingt-qua­tre heures pour retrou­ver Mol­ly vivante.

Le film mise tout entier sur l’attrait de son actrice prin­ci­pale, dont le physique avan­tageux a sou­vent été util­isé pour son ambiva­lence, entre éro­tisme et juvénil­ité. Mais les yeux étrange­ment grands d’Amanda Seyfried ne suff­isent pas à con­stru­ire le mys­tère d’un film à sus­pense où tous les événe­ments se suc­cè­dent sans ani­croche. Mal­gré la mul­ti­plic­ité de gros plans et d’œillades flir­tant avec le regard caméra sans vrai­ment l’oser, Dis­parue n’exploite pas l’ambiguïté physique et le pré-con­stru­it de l’actrice, dont la présence à l’écran con­voque pour­tant le spec­tre de per­son­nages forts, ambi­gus ou bor­der­line (comme dans Jennifer’s Body, Chloe, la série Veron­i­ca Mars…). Ici, Jill demeure d’une sim­plic­ité con­fon­dante. Son côté obscur est à peine effleuré dans les derniers plans du film, avec une mal­adresse et une insis­tance presque gênantes.

Toute l’attention est con­cen­trée sur le fil­mage d’une héroïne isolée au détri­ment de la crédi­bil­ité de ses rela­tions avec les autres. Cer­tains per­son­nages dis­parais­sent en cours de route sans rai­son appar­ente, quand ils auraient pu per­me­t­tre d’alimenter une atmo­sphère para­noïaque et d’étoffer le film d’un utile jeu de chausse-trappes. Tou­jours uni­vo­ques, les per­son­nages sec­ondaires ne ser­vent que de faire-val­oir à l’héroïne pour lui per­me­t­tre d’exprimer ses craintes, son angoisse et sa colère à voix haute. Leurs inter­prètes sem­blent d’ailleurs à peine dirigés, à l’image de Jen­nifer Car­pen­ter (en col­lègue sym­pa de Jill, adju­vante hési­tante mais sans per­son­nal­ité) ou Wes Bent­ley (en flic zélé, prêt à croire Jill sans jamais par­venir à la manip­uler ou la faire dérailler dans sa course). Soyons francs : le gros prob­lème de Dis­parue réside dans la plat­i­tude d’un scé­nario écrit à la hâte à par­tir d’une idée sim­ple (l’image entê­tante d’une jeune fille au fond d’un trou dans les bois), qui sem­ble avoir paralysé l’imagination de son auteur. Tous les événe­ments s’imbriquent les uns dans les autres sans jamais con­fron­ter l’héroïne à un obsta­cle fort ou la per­dre vers une fausse piste. Au con­traire, chaque séquence la rap­proche inex­orable­ment de son ancien bour­reau jusqu’à la con­fronta­tion finale, par­ti­c­ulière­ment bâclée en ter­mes de mise en scène et servie par des dia­logues ultra-prévis­i­bles. Dis­parue prou­ve la capac­ité de gâch­er 28 mil­lions de dol­lars avec une effi­cac­ité désar­mante…