Alexan­dre Aja, nou­velle coqueluche fran­co-améri­caine de l’hor­reur, revient dans l’hexa­gone pour pro­duire le pre­mier film réal­isé par son col­lab­o­ra­teur Franck Khal­foun. Huis-clos prop­ice à tous les délires esthé­tiques et scé­nar­is­tiques, Deux­ième sous-sol ne déploie pour­tant pas l’ef­fi­cac­ité néces­saire à son sujet min­i­mal­iste.

Le soir de Noël, Angela, col­lab­o­ra­trice sur­menée d’un cab­i­net d’af­faire, part au dernier moment de son bureau pour rejoin­dre les agapes d’une soirée famil­iales à ten­dance dinde aux mar­rons / paque­ts cadeaux cha­toy­ants. Prob­lème : sa voiture refuse de démar­rer. Autre prob­lème : les portes vers l’ex­térieur de l’im­meu­ble sont mys­térieuse­ment blo­quées. Quelqu’un veut retenir Angela, et ce quelqu’un ne va pas tarder à se man­i­fester.

Rénover le slash­er en arrivant (presque) immé­di­ate­ment à la con­fronta­tion finale, voilà l’idée effi­cace qui struc­ture Deux­ième sous-sol. On pour­rait d’ailleurs crain­dre que les recettes qui prési­dent à la mon­tée en ten­sion d’un slash­er (générale­ment agré­men­tée des meurtres forts en hémo­glo­bine des amis / voisins / amants / chiens (mais c’est plus rare) / phar­ma­ciens / bib­lio­thé­caires du per­son­nage prin­ci­pal) soient rem­placées par une exten­sion du réc­it des plus arti­fi­cielles. Heureuse­ment, Deux­ième sous-sol pos­sède un scé­nario suff­isam­ment solide et ryth­mé pour ne pas tomber dans ce piège. Mal­heureuse­ment…

Mal­heureuse­ment, il s’ag­it bel et bien du seul aspect réelle­ment maîtrisé – sinon nova­teur – de Deux­ième sous-sol. Car si le réc­it ne pos­sède aucun des creux que l’on pour­rait crain­dre, de nom­breux man­ques hand­i­capent cepen­dant le film. Le labyrinthe des sous-sols et du park­ing de l’im­meu­ble coupés du monde sont aus­si peu exploités du point de vue esthé­tique que scé­nar­is­tique. Topos tra­di­tion­nel du genre, le labyrinthe réel (ou son aspect psy­chologique sym­bol­ique) sont ici ter­ri­ble­ment mal util­isés. À aucun moment n’est pos­si­ble une recon­nais­sance des lieux par l’au­di­toire, et les péré­gri­na­tions affolées de l’une, pré­da­trice de l’autre tour­nent à vide, nég­ligeant d’im­pli­quer le spec­ta­teur. Le pré­da­teur inquié­tant d’An­gela est voulu au départ comme une sorte de bien­fai­teur psy­cho­tique, sorte de dou­ble du per­son­nage-titre de Har­ry, un ami qui vous veut du bien. Mais il perd rapi­de­ment cette qual­ité, ravalant la psy­cholo­gie des pro­tag­o­nistes à un sim­plisme mal­venu. Ajou­tons à cela une gra­tu­ité totale dans la vio­lence bar­bare et une ten­dance à l’éro­tisme cheap telle­ment voy­ante que cela en est gênant («Tiens, si notre héroïne se voy­ait affubler d’une robe blanche qui moule folle­ment ses formes généreuses, et qu’elle se retrou­ve plongée dans l’eau, pour mieux encore les soulign­er? — Pas mal, ça, coco, c’est vendeur…»). Nous voilà donc devant une série B pass­able­ment regard­able, mais sans réelle enver­gure, ni per­son­nal­ité.

Voilà ce qui pèche réelle­ment dans Deux­ième sous-sol. Si les précé­dents films dans lesquels Alexan­dre Aja était impliqué pos­sé­daient indé­ni­able­ment une pat­te pro­pre au réal­isa­teur, le pre­mier film de Franck Khal­foun aligne les tartes à la crème du sous-genre du slash­er, sans plus d’am­bi­tion. Deux­ième sous-sol fait fig­ure de pro­duc­tion exclu­sive­ment ali­men­taire, sup­port hon­or­able à la con­som­ma­tion dis­traite d’un seau grand for­mat de pop-corn – mais guère plus, hélas.