Au nord de l’Alle­magne, un père et son fils Lars peinent à com­mu­ni­quer entre eux et avec les autochtones. Leur rela­tion devient encore plus houleuse lorsque Lars apprend que sa tante vient s’in­staller chez eux. Mal­gré un ton d’en­reg­istrement qui cherche une bru­tal­ité doc­u­men­taire, Des chiens dans la neige reste un film sans éclat, qui s’épuise dans la morosité qu’il cherche à dépein­dre.

Champs vides, ciel fade, bois gris, le tout sous une vague couche de neige. Des collines val­lon­nées reliées par des axes de com­mu­ni­ca­tions désertés, un vil­lage qui parsème ses maisons entre les arbres, une gare vide et un bar miteux où se retrou­vent quelques habi­tants. L’im­age étale le ton : entre Fes­ten et son Dogme, le doc­u­men­taire fouineur de glauque style Striptease et la récente vague de fic­tions alle­man­des où une touche de fan­tas­tique sur­git d’une sat­u­ra­tion de réal­isme. Des chiens dans la neige axe la tristesse des paysages sur les corps et leurs rap­ports. Dans Fes­ten, la mise en scène calquait sur l’im­plo­sion d’une famille une impres­sion de réal­ité. Le glauque du réc­it et la pesan­teur du silence famil­ial se trou­vaient accen­tués par le trem­ble­ment de la caméra et le grain de l’im­age. Mais l’aspect doc­u­men­taire de Des chiens dans la neige est ici attaché à un scé­nario romanesque qui empêche toute ambiguïté de genre. Et en dix ans, la pseu­do-réal­ité comme ren­force­ment du pou­voir de la fic­tion sur le spec­ta­teur s’est con­sid­érable­ment usée.

Au nord-est de l’Alle­magne, le père et le fils d’une famille éclatée s’in­stal­lent dans un petit vil­lage pour reta­per une grange dans l’idée d’y accueil­lir des mariages. Les autochtones refusent toute com­mu­ni­ca­tion avec les deux nou­veaux venus. Eux-mêmes se par­lent mal, ne se com­pren­nent pas. Cha­cun est à l’im­age des paysages, morne, per­du, un peu brute. Cet aligne­ment de l’homme sur la nature est un élé­ment plus éner­vant qu’­ef­fi­cace qui plombe Des chiens dans la neige. Toile de fond trop facile, et trop de films, de la France du nord à l’Is­lande, qui jouent d’un roman­tisme du décor. Les gen­res s’éch­e­lon­nent du drame social à un retour du réal­isme poé­tique ver­sion nordique avec Nói Albínói et Dark Horse où l’é­trangeté et l’ex­cen­tric­ité devi­en­nent exo­tisme. Reste l’en­reg­istrement. Si Lars et Marie, une jeune fille du vil­lage, sont attirés l’un par l’autre et s’op­posent en apparence aux adultes, tous appa­rais­sent rel­a­tive­ment décon­nec­tés du reste du monde. Pas de fos­sé abyssal entre pro­tag­o­nistes et autres per­son­nages comme chez Van Sant. Tous largués.

Reyels, peut-être par fatal­isme ou pirou­ette scé­nar­is­tique, évite à son film de trop gliss­er vers les rails pat­inés du con­te ini­ti­a­tique moral­isa­teur. La réal­isatrice déplace le fil du réc­it et esquive ce qui se pro­file tout du long : l’ex­plo­sion vio­lente d’une famille malen­con­treuse­ment réu­nie lors d’un repas de fête. Le ton monte mais ne provoque en fait que la fuite des per­son­nages. C’est lors de ce repas que le film parvient le mieux à jouer de la morosité des per­son­nages et de l’é­trangeté qu’ils déga­gent. Alors que la dif­fi­culté de com­mu­ni­quer rendait la parole qua­si absente, au con­traire des bavardages silen­cieux entre Lars et la jeune muette Marie, la réu­nion autour d’un lapin immange­able oblige cha­cun à dis­cuter. La bru­tal­ité des sons émis par les corps (res­pi­ra­tion, reni­fle­ments, bruits de pas dans la neige et autres con­tacts avec la nature), elle seule val­able puisqu’elle rendait la dif­fi­culté de se par­ler physique, se lisse et accouche de quelques belles min­utes d’ab­surde. Pas de quoi mal­heureuse­ment don­ner un véri­ta­ble éclat au film ou en faire un objet froid et glaçant.