Si le pre­mier teas­er de Dans la brume promet­tait des effets cat­a­clysmiques de cal­i­bre hol­ly­woo­d­i­en dans un Paris con­tem­po­rain, l’aspect film-cat­a­stro­phe extraver­ti est expédié en une séquence, pour laiss­er place à l’atmosphère plus intimiste du sur­vival. Suite à l’envahissement soudain d’un nuage meur­tri­er, tuant par inhala­tion, Math­ieu et Anna par­tent se réfugi­er chez les voisins du dessus (le brouil­lard ne dépas­sant pas qua­tre étages), lais­sant der­rière eux leur fille Sarah. Atteinte d’une muta­tion géné­tique l’empêchant de respir­er l’air ambiant, elle est oblig­ée de rester dans son sas de pro­tec­tion en verre, dont il faut régulière­ment chang­er la bat­terie.

Concentrés phobiques

S’appuyant sur une pho­bie cli­ma­tique dans l’ère du temps (la muta­tion de la jeune fille, devenu un fléau répan­du, sans doute provo­quée par la pol­lu­tion parisi­enne accrue), Dans la brume s’inscrit donc bien dans la tra­di­tion de la SF (expan­sion d’une anx­iété con­tem­po­raine par un événe­ment sur­na­turel ou issu d’une tech­nolo­gie avancée et dan­gereuse). Dédou­blant son inquié­tude cli­ma­tique à une pho­bie épidémique (est-ce que ce brouil­lard est chim­ique, et donc bio-ter­ror­iste ?), le film parvient à adapter la struc­ture du genre aux préoc­cu­pa­tions de son envi­ron­nement parisien (la cap­i­tale étant régulière­ment frap­pée de pics de pol­lu­tions mémorables).

Fourre-tout

Dans la brume se résume finale­ment à une trans­po­si­tion, voir une imi­ta­tion stéréo­typée, des pon­cifs scé­nar­is­tiques cod­i­fiés (l’exploration, la fuite, la ges­tion des ressources, la sidéra­tion face à la cat­a­stro­phe, etc…) dans un ter­rain de jeu parisien (qui offre une cer­taine ver­ti­cal­ité, Math­ieu finis­sant par se déplac­er sur les toits). Le brouil­lard sur­na­turel ne parvient finale­ment qu’à génér­er des péripéties déjà vues et forte­ment référencées, qu’elles soient ciné­matographiques ou vidéo-ludiques (on pense notam­ment à The Last of Us, le suc­cès de Naughty Dog sur Playsta­tion 3). Se restreignant à une petite échelle, la mise en scène se con­tente de capter peur pri­maire et sim­ple sidéra­tion sur le vis­age de ses per­son­nages (quand ils ne sont pas cam­ou­flés der­rière les masques à gaz), et aucune­ment le pro­fond effroi émanant d’une peur de l’invisible. Tout l’inverse par exem­ple d’un John Car­pen­ter, qui exploitait le brouil­lard dans The Thing pour dévoil­er ce qui s’y cache — l’objet caché étant la pro­pre cinéphilie de son cinéaste — et pour y dérouler un éton­nant jeu des « dix petits nègres » où chaque présence con­sti­tu­ait une pos­si­ble men­ace.

Sans véri­ta­ble style (et donc sans véri­ta­ble appro­pri­a­tion du sujet), Dans la brume finit par expos­er ses inten­tions dans un plan final (que l’on taira) clin­quant, venant parachev­er l’échec du film avec une con­clu­sion moral­isatrice et ironique qui laisse volon­taire­ment l’his­toire en sus­pens. Le pre­mier plan suff­i­sait finale­ment à révéler cette tra­jec­toire et cette struc­ture cir­cu­laires : Sarah hors de sa bulle de pro­tec­tion, et courant dans un champ de blé, vision qui hantera Math­ieu jusqu’à la décou­verte (prévis­i­ble, encore une fois) de sa sig­ni­fi­ca­tion (une analo­gie pos­si­ble au jeu de réminis­cence que dévelop­pait Chris Mark­er dans La Jetée). Bref, rien de nou­veau sous la brume.