On imag­i­nait bien que le suc­cès sur­prise du “petit” film indépen­dant Lit­tle Miss Sun­shine engen­dr­erait quelques avatars, soucieux de surfer sur la réus­site com­mer­ciale du genre “con­cours de musique/­danse/pom-pom girls/majorettes” (cocher la case cor­re­spon­dante) avec petits génies en tutu et doux fêlés pour alléger l’at­mo­sphère. Danc­ing Queens, OVNI venu d’Aus­tralie et filmé par un débu­tant, a tout par­ié sur cette fil­i­a­tion. Raté : fuyez.

Quand on est un jeune réal­isa­teur à la recherche d’un suc­cès pub­lic ou cri­tique (ou les deux), mieux vaut soit s’im­pos­er avec un film orig­i­nal et nova­teur (pas facile), ou appren­dre de ses aînés avec une réal­i­sa­tion clas­sique mais pré­cise et intel­li­gente. Dar­ren Ash­ton, un film au comp­teur (inédit en France), s’est risqué à com­bin­er les deux épreuves, tout en mêlant une volon­té a pri­ori louable de dénon­cer (mais le fait-il véri­ta­ble­ment ?) la course à la récom­pense dès le plus jeune âge. Au bout du compte, ça donne quoi? Une œuvre totale­ment insipi­de, qui mêle les tra­vers du film de con­cours (“qui c’est qui va gag­n­er ? les méchants tal­entueux ou les gen­tils mal par­tis ?”) et une fausse bonne idée, la coex­is­tence entre fic­tion et doc­u­men­taire, avec inter­ven­tion des per­son­nages face caméra, expli­quant leurs doutes, leurs angoiss­es, leurs petits bon­heurs… comme si c’é­tait vrai.

Évidem­ment, et bien que Dar­ren Ash­ton se soit fendu d’une mise en scène type doc­u­men­taire (trop facile), on ne croit pas une sec­onde à la réal­ité des per­son­nages. D’abord parce que le héros choré­graphe, Mon­sieur Jonathon, est inter­prété par un acteur qui n’a à l’év­i­dence jamais esquis­sé un entrechat de sa vie et ensuite parce que des gens aus­si car­i­cat­u­raux n’ex­is­tent que dans le fan­tasme imag­i­natif des cinéastes. Soit donc, d’un côté, le prof de danse aux vel­léités alter­mon­di­al­istes, qui pro­pose un spec­ta­cle où ses petites élèves sont déguisées en Afghanes et se libèrent en tuant d’autres danseuses islamistes; et de l’autre, la prof clas­sique et tyran­nique qui pèse ses petits rats de l’Opéra et les vire de l’équipe si elles pren­nent un mil­ligramme de trop. Les mamans des petites chéries sont ou dépassées (parce que leur mari s’est décou­vert une pas­sion pour les hommes alors qu’elles sont enceintes) ou en pleine crise d’ado­les­cence (“ma fille réalise mon rêve et du coup je la fais trimer”).

Le scé­nario, pro­posé par la femme du réal­isa­teur (cher­chait-il à éviter la crise con­ju­gale ?), accu­mule les invraisem­blances et les coups de théâtre, pour finir par punir la pau­vre petite qui s’é­tait prise pour la future Brit­ney Spears aus­trali­enne. Aucune des actri­ces en herbe n’a le bagout de l’héroïne de Lit­tle Miss Sun­shine, ni sa présence sur l’écran, d’au­tant plus qu’au­cune ne béné­fi­cie d’une véri­ta­ble direc­tion d’ac­teurs. Les per­son­nages sec­ondaires n’ont stricte­ment aucun intérêt, si ce n’est d’embrouiller encore plus l’his­toire. Le cinéaste se perd finale­ment dans une volon­té d’être à tout prix orig­i­nal, et manque de très loin son but par des effets ultra-moral­isa­teurs et prévis­i­bles à l’im­age près. Ennuyeux, sans queue ni tête, Danc­ing Queens aurait mieux fait de rester dans les tiroirs de ses pro­duc­tri­ces: car même l’in­térêt soci­ologique min­i­mal que l’on peut trou­ver dans ce genre de pro­duc­tions (mon­tr­er les ten­ants et les aboutis­sants des con­cours de danse pour enfants en Aus­tralie) est absent. Le pire, c’est de sor­tir du film avec la sen­sa­tion mal­saine que les enfants ont été util­isés pour des numéros de singe cen­sés provo­quer l’in­dul­gence. Eh bien, non, désolée, l’in­dul­gence, con­nais pas.