Avec des titres orig­in­aux comme Je sens le beat qui monte en moi ou Le Quepa sur la Vil­ni !, la fil­mo­gra­phie nais­sante de Yann Le Quel­lec fleure bon l’in­vi­ta­tion à la fan­taisie au rythme du corps et de la langue — on avait d’ailleurs, à cet égard, bien accueil­li le pre­mier de ces deux courts-métrages. Si le titre du pre­mier long du cinéaste provient cette fois du roman d’Ar­to Paasilin­na Le Meu­nier hurlant, il for­mu­lait une promesse sim­i­laire. Hélas, la fan­taisie invo­quée ici s’avère un piège dont le film ne se relève pas.

Rha­bil­lant des paysages du sud de la France dans de vagues ori­peaux de west­ern (avec une bal­lade de générique chan­tée par Iggy Pop), le film narre un con­te aux airs de “la Belle et la Bête”. Venu d’on ne sait où, Cornélius vient squat­ter un moulin en sur­plomb d’un vil­lage dont il devient le meu­nier, mais ses nou­veaux conci­toyens ne tar­dent pas à regret­ter sa venue : chaque nuit, une irré­sistible pul­sion venue des entrailles le pousse à ges­tic­uler et à hurler à la Lune, trou­blant le som­meil de toute la val­lée. La seule per­son­ne qui ne finit pas par souhaiter sa dis­pari­tion est la char­mante fille du maire, qui entend le con­ver­tir à la cul­ture de verg­er, et dont il tombe amoureux… On aurait aimé pou­voir accepter l’év­i­dente propo­si­tion du film de décou­vrir un folk­lore mon­té de bric et de broc, prop­ices à un spec­ta­cle de folie douce ; mal­heureuse­ment, c’est l’assem­blage laborieux entre­pris pour par­venir à ce spec­ta­cle qui prend le pas, et déçoit par sa lour­deur et son manque d’âme.

Des dérèglements qui manquent d’enjeux

Autour d’une trame scé­nar­is­tique résol­u­ment placée dans les ornières du con­te de l’in­tolérance, les efforts de Le Quel­lec pour la saupoudr­er de fan­taisie légère débor­dent sans con­va­in­cre. Les per­son­nages, écrasés par la com­bi­nai­son de loufo­querie et de naïveté fac­tice dont l’au­teur les affu­ble, n’ex­is­tent que comme car­i­ca­tures. Les scènes comiques, pour la plu­part sig­nifi­ant l’i­nadap­ta­tion du héros à la société, ne font jamais oubli­er à quel point elle surlig­nent les con­tours de la fable. Enfin, même la ques­tion — pour­tant la plus intéres­sante a pri­ori posée par le film — de l’emballement des corps (la “malé­dic­tion” gestuelle et vocale de Cornélius, mais aus­si celle d’autres lors d’un pas­sage dans un asile de fous), qui aurait pu en appel­er au bon sou­venir des courts-métrages du même cinéaste, ne fait que parachev­er l’échec de celui-ci. Car de ces dérè­gle­ments, il échoue à faire un enjeu de ciné­ma, faute de con­vic­tion de mise en scène et de choré­gra­phie de ces dans­es endi­a­blées et de ces clameurs venues du fond des poumons, si ce n’est en l’ap­puy­er avec une choré­gra­phie du décor (une ou deux scènes dans le moulin) qui ne fait qu’ac­centuer l’ar­ti­fi­cial­ité. C’est que Le Quel­lec, en défini­tive, s’at­tarde surtout sur les élé­ments déco­rat­ifs de son con­te, ceux cen­sés l’ha­biller d’une fan­taisie osten­ta­toire ; mais ce faisant, au con­te et à la fan­taisie, il nég­lige de don­ner du corps.