N’est pas McTier­nan qui veut. Et le réal­isa­teur Bal­tasar Kor­mákur en fait la démon­stra­tion grandeur nature dans Con­tre­bande. Remake du long métrage islandais Reyk­javík-Rot­ter­dam, le film, qui se ver­rait bien en action­er tout ter­rain, parvient à peine, et avec dif­fi­culté, à rem­plir son cahi­er des charges, pour­tant téléguidé. Un passeur, des deal­ers, des flics et un traître, ingré­di­ents nor­mat­ifs d’un thriller clas­sique, ne suff­isent pas à insuf­fler le sus­pense et la testostérone néces­saires à la bonne tenue de Con­tre­bande.

Chris (Mark Wahlberg) ancien con­tre­bandi­er de haut vol, s’est rangé des bag­noles. Instal­la­teur de sys­tèmes de sécu­rité, il coule des jours pais­i­bles avec sa femme Kate (Kate Beck­in­sale) et leurs enfants. Mais c’est sans compter le petit frère de Kate, ado un poil décérébré, qui con­tracte une grosse dette envers le caïd du coin. Chris n’a d’autre choix que mon­ter un coup pour éponger l’ardoise. Évidem­ment, des imprévus vont met­tre à mal ce plan, mais comme tou­jours à Hol­ly­wood, tout est bien qui finit bien.

Inutile de s’attarder sur le scé­nario. Mêlant les pon­cifs du genre et les clichés les plus éculés, il a dû être pon­du au cours d’un brain­storm­ing faiblard. Mais un bon film d’action peut faire l’impasse scé­nar­is­tique si la mise en scène est au ren­dez-vous. Or, c’est là que le bât blesse. La réal­i­sa­tion de Kor­mákur se révèle vite plate, sans enjeu ni ambi­tion. Les séquences suiv­ent une trame chronologique et s’enchaînent sans sur­prise jusqu’au twist final, lui aus­si atten­du. Pra­ti­quant à out­rance le champ-con­trechamp, les scènes peinent à impli­quer le spec­ta­teur dans la spi­rale infer­nale cen­sée aspir­er les per­son­nages. Le change­ment de décor, d’une ban­lieue grise au soleil écras­ant de Pana­ma, qui aurait pu créer une ambiva­lence chro­ma­tique, sen­sorielle et sig­nifi­ante, ne fait que dérouler des images d’Épinal. L’Amérique cen­trale est for­cé­ment bour­rée de crim­inels stu­pides (le clin d’œil à une toile de Jack­son Pol­lock) et de pau­vres types facile­ment cor­rupt­ibles. Quant à la bande de Wahlberg, elle exsude d’intelligence (à se deman­der pourquoi le héros a arrêté sa car­rière) face à des policiers totale­ment largués. Cette car­ac­téri­sa­tion sim­pliste irrigue le métrage, autant sur le fond que sur la forme. Dom­mage à la vue du cast­ing, qui aligne deux per­les du ciné­ma améri­cain, Gio­van­ni Ribisi et Ben Fos­ter. Mais leurs par­ti­tions (le caïd et l’ami/traître) leur offrent à peine la pos­si­bil­ité de mon­tr­er leur tal­ent, tant leurs rôles sont écrasés par le manichéisme du film.

Sans aspérités, les per­son­nages hantent le film comme des sil­hou­ettes sans chair et sans pas­sion. Si le thriller est un genre cod­i­fié (héros arché­ty­paux, sché­mas nar­rat­ifs…), il mérite tout de même une réin­ter­pré­ta­tion, une appro­pri­a­tion qui manque cru­elle­ment à Con­tre­bande.