On tique for­cé­ment, à la sim­ple vue des images du film: encore du rose bon­bon, des ges­tic­u­la­tions hys­tériques, des robes Chanel et des Manolo Blah­nik à ne plus pou­voir regarder une vit­rine de mag­a­sin sans avoir envie de vom­ir. On a bien sûr rai­son de tiquer: Con­fes­sions d’une accro du shop­ping n’a rien à envi­er à ses grandes sœurs Sex and the City et autres Dia­ble s’ha­bille en Pra­da, entre con­stants défilés de mode et anti-fémin­isme pri­maire. Une adap­ta­tion ratée de plus, mais quelques petites étin­celles de tal­ent épars­es, dues notam­ment à l’im­pres­sion­nant abattage de l’ac­trice prin­ci­pale, char­mante incon­nue qui ne devrait pas le rester.

Pre­mière con­stata­tion: l’his­toire racon­tée par Sophie Kin­sel­la ne devait pas être suff­isam­ment cinégénique pour les scé­nar­istes puisqu’elle a été con­sid­érable­ment mod­i­fiée. De lon­doni­enne, la jeune héroïne Rebec­ca Bloom­wood est dev­enue new-yorkaise – ce qui ôte véri­ta­ble­ment une par­tie de son charme orig­inel – et son prince char­mant, Luke Bran­don, change de pro­fes­sion, rétro­gradé de pro­prié­taire richissime d’une grande agence de com’ à rédac­teur en chef d’un mag­a­zine financier spé­cial­isé dans l’é­pargne. La jeune Rebec­ca, donc, est une obsédée du shop­ping, au point qu’elle pos­sède cinq cartes ban­caires dif­férentes et qu’elle n’ou­vre plus ses fac­tures, ter­ror­isée à l’idée que ses dépens­es excè­dent ses revenus – ce qui ne l’empêche pas de cra­quer chaque jour pour des vête­ments dont elle n’a pas l’usage. Licen­ciée de son tra­vail, elle devient jour­nal­iste finan­cière pour le mag­a­zine du beau Luke, don­nant des con­seils d’é­conomie aux lecteurs – elle qui doit fuir les coups de télé­phone répétées d’un ban­quier bien vilain, exas­péré par son atti­tude.

La saveur du roman est large­ment per­due, engluée dans la pos­i­tive atti­tude à l’améri­caine (le per­son­nage de Luke Bran­don est ain­si con­sid­érable­ment affa­di lorsqu’on fait de lui la car­i­ca­ture du self-made-man) et les per­son­nages sec­ondaires ne devi­en­nent plus qu’un pré­texte aux larmes et aux câlins des­tinés à provo­quer l’é­mo­tion béate atten­due dans toute comédie roman­tique qui se respecte. Le rôle de la méchante (française, évidem­ment) inter­prété par Kristin Scott Thomas, qui n’ex­iste pas dans le roman, sem­ble calqué sur celui de Meryl Streep dans Le Dia­ble s’ha­bille en Pra­da. Les rares trou­vailles du film – comme faire par­ler les man­nequins des vit­rines – échouent sur un hap­py-end mielleux, le rythme comique étant per­du au bout de dix min­utes de film, tra­vers récur­rent du genre, qui oublie la comédie dès que la romance est enclenchée.

On aurait atten­du mieux de P.J. Hogan, réal­isa­teur plutôt «haut de gamme» des années 1990 avec les réus­sis Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami, d’au­tant qu’il béné­fi­ci­ait ici de deux atouts de choix: le charme du cou­ple prin­ci­pal, Hugh Dan­cy (par­fait ersatz de Hugh Grant, à la sen­su­al­ité indé­ni­able­ment bri­tan­nique) et Isla Fish­er (dont c’est l’un des pre­miers rôles en tant que vedette), mais surtout l’a­battage de la comé­di­enne, bien plus fine qu’une Anne Hath­away ou une Sarah Jes­si­ca Park­er, se jetant tête bais­sée dans les scènes les plus ridicules sans per­dre ni sex-appeal ni capac­ité à l’au­to-déri­sion, ce qui fai­sait le tal­ent des meilleures actri­ces de comédie à l’an­ci­enne telles Katharine Hep­burn ou Car­ole Lom­bard. Grâce à elle, Con­fes­sions d’une accro du shop­ping se regarde sans véri­ta­ble déplaisir mais avec l’e­spoir néan­moins qu’Hol­ly­wood offrira un jour à ses jeunes héroïnes d’autres rôles que celles de poupées bien habil­lées.