Chu & Blos­som est l’exemple même de la comédie améri­caine indépen­dante qui cul­tive ses pro­pres clichés, et dont le désir de rébel­lion con­tre le con­formisme (hol­ly­woo­d­i­en) devient la règle d’un nou­veau type de con­formisme (indépen­dant, certes). Tout le film s’articule autour du désir d’émancipation, ou plutôt d’indépendance, de trois per­son­nages artistes, dont la mar­gin­al­ité les dis­tingue du reste de la com­mu­nauté. Dans ce pre­mier film, Charles Chu et ses col­lab­o­ra­teurs Gavin Kel­ly et Ryan O’Nan affichent une éton­nante naïveté. En plus de dévelop­per une con­cep­tion très ado­les­cente de l’artiste, ils s’emparent de nom­breux stéréo­types sans par­venir à les dépass­er.

Contre-courant

Joon Chu, orig­i­naire de la Corée du Sud, débar­que dans une petite ville améri­caine, dans le cadre d’un pro­gramme d’échange inter­na­tion­al. Au-delà de son accent à couper au couteau, il s’impose dès le pre­mier plan comme un être dif­férent, à cause de sa couleur de peau et de son cos­tume étrange : une vieille dame le fixe du regard comme s’il s’agissait d’un extrater­restre. Excen­trique mal­gré lui, il fait la con­nais­sance d’un mar­gin­al local, Butch Blos­som, l’anticonformiste par excel­lence, et ren­con­tre la jolie Cher­ry Swade (avec ses cheveux ros­es, dif­fi­cile ne pas la remar­quer) dans un cours de pho­togra­phie. Ces trois artistes le seraient d’abord par leur apparence : orig­ine et fort accent asi­a­tiques, vête­ments excen­triques, tein­ture capil­laire osée. La dif­férence, le grand thème du film, serait quelque chose d’évident qui se remar­que du pre­mier coup d’œil, sans ambiguïté. Ain­si, l’identité sex­uelle des per­son­nages homo ne fait aucun doute dès leur pre­mière appari­tion à l’écran. Pour­tant, cette vision super­fi­cielle du monde, qui repose sur des stéréo­types très mar­qués, est à con­tre-courant de la démarche de l’auteur prin­ci­pal du film, qui à tra­vers son per­son­nage d’apprenti pho­tographe, tente juste­ment d’exprimer la sin­gu­lar­ité de son regard. Se défi­er des con­ven­tions tout en étant très con­ven­tion­nel, voilà le para­doxe de Chu & Blos­som, qui de manière naïve ne sem­ble pas être con­scient de ses pro­pres clichés.

Film anecdotique

Charles Chu utilise les codes du bud­dy movie, de la comédie roman­tique, mais aus­si du roman d’apprentissage, tou­jours de manière très prévis­i­ble, sans chercher à les sub­ver­tir. Mal­gré la volon­té de créer du décalage, ne serait-ce que dans la promesse du pitch – un Coréen en Amérique –, les auteurs roulent en ligne droite sur des rails au tracé con­nu et ras­sur­ant. Même la sym­bol­ique du film tient du lieu com­mun. Charles Chu file la métaphore de la méta­mor­phose de l’insecte – le papil­lon, le locuste –, pour ren­dre compte de la trans­for­ma­tion de son per­son­nage. Ce par­ti-pris assez niais est exploité lour­de­ment jusqu’au cli­max qui prend la forme d’un spec­ta­cle féerique organ­isé par le duo d’amis Chu et Blos­som. À cette occa­sion, les nom­breux plans sur les vis­ages béat des spec­ta­teurs ne lais­sent aucun doute sur la stratégie des réal­isa­teurs : émou­voir vaille que vaille.