Faute d’un scé­nario suff­isam­ment char­nu, empêtré dans sa noirceur esthéti­sante, Car­ré blanc rejoint Dante 01 et Eden Log par­mi les ten­ta­tives ratées de SF à la française.

Dans une année ciné­matographique, il y a peu de courts-métrages qui mar­quent, qui imposent le nom d’un réal­isa­teur sur lequel il fau­dra compter. Le Pays des ours fut de ceux-là. Bien qu’il remonte à 2003, plusieurs de ses séquences restent en mémoire, notam­ment celles où un homme dés­abusé (Jean-Pierre Andréani) accepte de se faire frap­per durant une minute con­tre un peu d’argent.
Passé au long, Jean-Bap­tiste Leonet­ti pour­suit dans la même veine. Les pre­mières images de Car­ré blanc mon­trent des ours polaires en train de divaguer sur la ban­quise. On retrou­ve une struc­ture entremêlant le des­tin de trois per­son­nages, à nou­veau deux hommes et une femme. Et puis surtout, le pro­pos reste sim­i­laire mal­gré l’allongement du for­mat : l’homme est un loup pour l’homme.

Jean-Bap­tiste Leonet­ti sait créer une atmo­sphère. Car­ré blanc est un film oppres­sant, où l’on se sui­cide beau­coup, où on hum­i­lie avec un plaisir per­vers, et où la vio­lence physique ne demande qu’à s’extérioriser. L’image léchée passe toutes les dom­i­nantes de gris, tan­dis que la nuit sem­ble avoir absorbé le jour.
Soleil vert se pose en référence (de manière lourde d’ailleurs), mais c’est surtout le fan­tôme de Kubrick qui est invo­qué. Les scènes où en DRH pro­pre sur lui Sami Boua­ji­la (extra­or­di­naire de justesse et d’implication) teste les fac­ultés d’adaptation d’employés jugés frag­iles tien­nent claire­ment d’Orange mécanique, sans que l’imposante fig­ure tutélaire nuise à l’étrange fas­ci­na­tion engen­drée par ces moments SM.

Cepen­dant, avec une cinquan­taine de spots pub­lic­i­taires à son act­if, à son pas­sif devrait-on dire, Jean-Bap­tiste Leonet­ti paraît avoir oublié l’essentiel. Que pour faire un film, selon l’adage, il faut “pre­mière­ment une bonne his­toire, deux­ième­ment une bonne his­toire, et troisième­ment une bonne his­toire”. Que la maîtrise de la forme est bien vaine s’il n’y a pas un min­i­mum de fond.
Le réc­it amoureux en plein État total­i­taire (mer­ci 1984 !) fait du sur­place, alors qu’il est cen­sé être le cœur du mai­gre scé­nario. Le con­tre­point du gar­di­en de park­ing au sourire for­cé (Jean-Pierre Andréani is back) est juste indi­gent (mais pourquoi lui affubler cet enfant autiste ?).
Bref, la nar­ra­tion tourne à vide, dénonçant la banal­ité du mal sans don­ner l’envie de croire à l’humanité, et finale­ment par trop de froideur mor­bide le temps pour­tant court du film (1h17) paraît une éter­nité.