Avec sa crinière rousse, sa voix stri­dente et son car­ac­tère bien trem­pé, la petite Lila, 12 ans, s’inscrit d’emblée dans la grande tra­di­tion des héros enfan­tins : têtue comme une mule, de l’énergie à reven­dre, elle se mon­tre prête à tout pour attein­dre son but. Ici retrou­ver son père, qu’elle n’a jamais con­nu, quitte à fuguer de son pen­sion­nat et à tra­vers­er les mon­tagnes. Armée d’un mai­gre indice (une plaque de cuiv­re por­tant le nom d’une com­pag­nie d’électricité), Lila entraîne dans sa quête sa pro­fesseure de biolo­gie, une jeune femme com­préhen­sive et soli­taire qui la prend sous son aile : et de fausse piste en révéla­tion, toutes deux par­tiront sur les routes à la recherche de ses orig­ines.

Pour son pre­mier long métrage, l’Argentin Matías Luc­ch­esi choisit la forme du road movie avec duo enfant/adulte : une com­bi­nai­son bien con­nue qui a déjà offert quelques titres célèbres, d’Alice dans les villes (Wim Wen­ders, 1974) à Cen­tral do Brasil (Wal­ter Salles, 1998) ou L’Été de Kiku­jiro (Takeshi Kitano, 1999). Dans ce genre à part entière, le voy­age prend à chaque fois une tour­nure ini­ti­a­tique : des liens affec­tifs se créent, et les deux pas­sagers ne sont plus tout à fait les mêmes au bout de l’aventure. Caña­da Mor­ri­son ne déroge nulle­ment à ce pro­gramme et déroule sage­ment un réc­it atten­du : au fil du tra­jet, la fil­lette revêche et la gen­tille enseignante s’apprivoisent et se rap­prochent, et de cette rela­tion nais­sante, jointe à la réso­lu­tion d’un mys­tère trop longtemps enfoui, pour­ra naître un espoir nou­veau.

Éclosion

Guère de sur­prise à l’horizon donc – mal­gré l’impressionnant décor offert par les sier­ras de Cor­do­ba. Pour­tant Matías Luc­ch­esi ne s’en tire pas trop mal grâce à une mod­estie plutôt agréable, qui s’affiche tant dans la durée (1h11 seule­ment) que dans l’écriture, refu­sant sou­vent un excès de drama­ti­sa­tion pour se con­cen­tr­er sur les per­son­nages et leurs émo­tions. Le titre orig­i­nal, Cien­cias Nat­u­rales, reflète bien cette sobriété générale : plus qu’une épopée minia­ture (Caña­da Mor­ri­son est la ville où Lila croit pou­voir débus­quer son insai­siss­able géni­teur), le film se présente comme un manuel d’apprentissage, où il s’agit de tir­er une leçon de chaque épreuve pour mieux appréhen­der le monde : com­ment mon­ter à cheval ou con­duire une voiture, pré­par­er un repas ou fab­ri­quer des objets. Au début Lila écoute dis­traite­ment son cours sur la ger­mi­na­tion des graines, tan­dis qu’à la fin elle regarde fix­e­ment tourn­er une girou­ette : sa bous­sole famil­iale par­tielle­ment réparée, elle gagne cer­tains repères et sait d’où vient le vent. “Je n’avais encore jamais vu d’atelier de soudure : c’est intéres­sant” déclare-t-elle en guise de con­clu­sion au terme de son par­cours. Bref, l’exercice a été prof­itable, et si le motif de l’éclosion tra­verse le film de manière appuyée (du prénom de Lila à l’évocation des pre­mières règles), il pour­ra servir de point d’appui à la réflex­ion des plus jeunes spec­ta­teurs – puisque les inten­tions péd­a­gogiques de Caña­da Mor­ri­son sem­blent en grande par­tie le des­tin­er à ce pub­lic. Dom­mage mal­gré tout que l’âpreté ne soit pas davan­tage au ren­dez-vous afin d’apporter plus de relief à l’ensemble.