Après une longue tournée des fes­ti­vals dont celui de Cannes ce print­emps, Borgman s’apprête à sor­tir sur les écrans français. Thriller, film psy­chologique ou long métrage hor­ri­fique, dif­fi­cile de class­er le huitième film d’Alex van Warmer­dam. Nim­bé de mys­tère, parsemé de scènes choc et relevé par une touche de satanisme, la recette Borgman se risque sur un ter­ri­toire acci­den­té où, à force de sym­bol­isme et d’ésotérisme le spec­ta­teur peut s’égarer jusqu’à l’ennui.

Au détour d’une forêt hol­landaise, on décou­vre trois hommes armés par­tis à la chas­se. Mais les daims et autres cervidés peu­vent dormir tran­quilles. La proie qu’ils traque­nt est humaine. Un homme hir­sute tapi au fond d’un trou parvient à leur échap­per. Qui est-il ? Pourquoi fuit-il ? Quel motif pous­sait le trio à le débus­quer ? Autant de ques­tions en sus­pens. En cav­ale, le gail­lard jette son dévolu sur une riche mai­son bour­geoise. Mais le pro­prié­taire des lieux le chas­se preste­ment et vio­lem­ment de sa pelouse. Se sen­tant coupable, Mari­na son épouse lui offre le gîte et le cou­vert en secret. Elle laisse ain­si pénétr­er chez elle Camiel Borgman, homme étrange­ment atti­rant et suprême­ment dan­gereux. Est-il le Dia­ble, le gourou d’une secte ou un taré psy­chopathe ?

À l’instar d’un Polan­s­ki époque Rose­mary’s Baby, Alex van Warmer­dam imag­ine le quo­ti­di­en d’un cou­ple (ici une famille) con­fron­té à l’irruption d’un être mal­faisant (les voisins mal inten­tion­nés rem­placés dans Borgman par un seul homme). Le choix topographique d’une mag­nifique demeure design per­due en rase cam­pagne crée la ten­sion idéale pour orchestr­er la mon­tée en puis­sance et en hor­reur à laque­lle les per­son­nages vont être con­fron­tés. Le min­i­mal­isme archi­tec­tur­al tout scan­di­nave des intérieurs reflète la froideur émo­tion­nelle des êtres qui l’habitent, ter­reau par­fait pour accueil­lir l’incandescent Borgman. Réveil­lant les pul­sions sex­uelles et meur­trières des pro­tag­o­nistes, le héros détru­it de l’intérieur la cel­lule famil­iale. Cette déliques­cence annon­cée, bien que trop prévis­i­ble, tient toute­fois ses promess­es. Les crises hys­tériques de Mari­na font écho aux colères de son mari, dont la vio­lence, entrap­erçue au début du film, monte en puis­sance. Mais à la ques­tion cen­trale qui hante le métrage, à savoir quel som­bre des­sein ani­me Borgman, pas de réponse. Des pistes sont essaimées par le réal­isa­teur qui lais­sent penser à une dia­b­lerie comme les séquences où Borgman nu chevauche Mari­na endormie la nuit et lui insuf­fle de vio­lents cauchemars mât­inés d’érotisme ou la présence inopinée de lévri­ers (sont-ce des incar­na­tions ani­males des sous-fifres de Borgman ?) mais l’absence de par­ti pris clair (réal­isme, sur­na­turel ou sim­ple délire famil­ial) et d’éléments tan­gi­bles n’étaye pas une thèse plus qu’une autre.

Si ce choix dessert l’immersion des spec­ta­teurs, il est heureuse­ment com­pen­sé par quelques bril­lantes idées de mise en scène, à l’image de l’inventivité dont font preuve les meur­tri­ers pour faire dis­paraître les corps de leurs vic­times. Graphique­ment très beaux, absol­u­ment inédits, ces plans tirent un sourire de leur incon­gruité tout autant qu’un fris­son. Mais ces quelques traits de génie ne masquent pas un pro­pos trop flou qui à force de ménag­er divers­es inter­pré­ta­tions échoue à intéress­er et encore plus à effray­er son pub­lic.