Dans Bonne mère, son deux­ième long-métrage, Haf­sia Herzi dépeint le quo­ti­di­en d’une mère de famille et du petit clan qu’elle tente de main­tenir à flot. Le par­al­lèle avec la célèbre basilique mar­seil­laise est d’abord une façon de don­ner au per­son­nage de Nora (Hal­i­ma Ben­hamed) une place sym­bol­ique cen­trale, alors même que son quo­ti­di­en tendrait plutôt à l’effacer du décor. La pre­mière par­tie du film relève ain­si davan­tage du por­trait que de la chronique et mon­tre Nora en véri­ta­ble « mère courage », lev­ée à l’aube, cumu­lant deux emplois et assur­ant, une fois ren­trée chez elle, la cui­sine, le ménage et la garde des petits-enfants. Si la réal­isatrice charge un peu trop la dimen­sion sac­ri­fi­cielle en mul­ti­pli­ant les preuves de sain­teté de son per­son­nage (la con­no­ta­tion religieuse du titre n’est pas totale­ment absente du regard porté sur Nora), le jeu d’Halima Ben­hamed, tout en colères retenues et sourires bien­veil­lants, per­met de con­tenir le pathos qui s’exprime par ailleurs à tra­vers la bande orig­i­nale et cer­tains dia­logues.

Le film ne com­mence finale­ment à pren­dre qu’à par­tir du moment où il accorde une plus grande place aux autres mem­bres de la famille. On com­prend dès lors que Nora, comme Notre-Dame-de-la-Garde, est une fig­ure sur­plom­bante plutôt que cen­trale, et que ses valeurs et sa rigueur morale (abné­ga­tion, amour de la France, foi en un mul­ti­cul­tur­al­isme heureux, etc.) for­ment un idéal qui tend à s’affaiblir à mesure qu’il se trans­met aux généra­tions suiv­antes. Sans échap­per à une cer­taine lour­deur démon­stra­tive, Bonne mère pro­duit du moins une ten­sion intéres­sante par cette con­struc­tion en miroir qui oppose l’inébranlable Nora à ses enfants, tous plus ou moins per­dus (un fils paresseux et oisif, un autre incar­céré et une fille attirée par l’argent facile de la pros­ti­tu­tion). Rien qui ne per­me­tte d’échapper à la banal­ité d’un réc­it en forme d’hagiographie, mais comme le pro­jet con­siste vis­i­ble­ment davan­tage à ren­dre hom­mage à une femme qu’à met­tre son por­trait en mou­ve­ment, on pour­ra con­sid­ér­er que l’objectif est atteint.