Les films de vam­pires sont à la mode. Après Twi­light et Morse, cette nou­velle pro­duc­tion du genre fait sa triste appari­tion sur nos écrans. Chris Nahon, qui est déjà l’auteur de croûtes ciné­matographiques mémorables (L’Empire des loups), a osé s’attaquer à l’adaptation live de l’un des films d’animations japon­ais les plus tech­nologique­ment évolués de son époque: Blood: The Last Vam­pire (2001). Le résul­tat est con­ster­nant de médi­ocrité, cette ver­sion n’étant qu’un vul­gaire clip mal filmé, doté d’effets spé­ci­aux low tech ris­i­bles. Une honte.

Réalis­er une ver­sion live du film d’animation japon­ais Blood: The Last Vam­pire est un pro­jet très risqué. Cet ani­mé, dont le directeur artis­tique n’est autre que le vision­naire Mamoru Oshii, fut con­sid­éré à l’époque comme une véri­ta­ble prouesse tech­nique. La com­bi­nai­son savante d’images 2D et 3D et la per­fec­tion styl­is­tique de cette œuvre impres­sion­na par­ti­c­ulière­ment un cer­tain James Cameron, véri­ta­ble fan d’animation japon­aise et d’évolutions tech­nologiques. On aurait préféré voir le cinéaste cana­di­en aux com­man­des de ce pro­jet com­pliqué, l’adaptation de Chris Nahon étant une cat­a­stro­phe ciné­matographique, qui prend ouverte­ment le spec­ta­teur pour un con. Le Français, qui est un mem­bre fameux de la lam­en­ta­ble écurie Besson, ne sem­ble pas renier la tutelle de son père spir­ituel : Nahon, comme Besson, est un réal­isa­teur de série Z, qui nous vend des gross­es pro­duc­tions fre­latées à la styl­is­tique soi-dis­ant évoluée. Pur mar­ket­ing, car on se retrou­ve le plus sou­vent en présence de films ris­i­bles, pâles copies des pro­duc­tions hol­ly­woo­d­i­ennes (l’un des grands maux du ciné­ma d’action français) et hongkon­gais­es. Le scé­nario de l’ani­me, peu dévelop­pé, pos­sé­dait pour­tant un poten­tiel fan­tas­tique intéres­sant avec son his­toire de chas­seuse de vam­pires lut­tant dans un Japon gan­grené par les démons. L’adaptation live reprend les grands traits de ce réc­it en cher­chant à l’agrémenter de quelques élé­ments scé­nar­is­tiques ratés per­me­t­tant au métrage d’atteindre dif­fi­cile­ment les 1h30: chaque flash-back et développe­ment sont telle­ment con­venus qu’ils en devi­en­nent tris­te­ment ridicules.

Le prin­ci­pal prob­lème de Blood : The Last Vam­pire, c’est son absence d’ambition: on est en présence d’un film à l’aspect fauché, tourné en Argen­tine et en Chine pour faire quelques économies, avec des acteurs anglo­phones de sec­onde zone, tous plus mau­vais les uns que les autres. En bonne pro­duc­tion Z, la plu­part des Japon­ais sont joués par des Chi­nois à l’accent pronon­cé et l’héroïne prin­ci­pale, qui est à l’origine nip­pone, est inter­prété par une vedette sud-coréenne (héroïne du suc­cès My Sassy Girl). Pour Nahon et ses pro­duc­teurs, les Asi­a­tiques se ressem­blent tous… Du pur nanar que ne renierait pas le grand Albert Pyun (pro­duc­teur et réal­isa­teur de bon nom­bre de séries Z croustil­lantes des années 1980 et 1990). Cette atmo­sphère ringarde pour­rait appa­raître vague­ment sym­pa­thique si ce film ne béné­fi­ci­ait pas d’une sor­tie inter­na­tionale pres­tigieuse avec 200 salles en France. Une honte au regard de ce qui nous est présen­té. Si l’ani­me était une prouesse tech­nologique, cette adap­ta­tion est dotée d’effets spé­ci­aux low tech, dignes des pires ciné­ma­tiques d’une Playsta­tion 1. On béni­ra longtemps l’humour des con­cep­teurs des effets numériques, qui ont créé des mon­stres dont la vision per­me­t­tra de faire hurler de rire l’amateur éclairé d’œuvres fan­tas­tique évoluées: Blood est un hom­mage involon­taire à l’animation image par image du Choc des Titans (1981) et à Godzil­la ver­sion 1950. Pourquoi vouloir adapter une telle œuvre high tech si l’on n’en a pas les moyens? Si la mise en scène était à la hau­teur, pourquoi pas, mais Nahon ne sait pas con­stru­ire un plan con­ven­able (les com­bats sont illis­i­bles), ni même insuf­fler un sem­blant de rythme à son film. Blood est une régres­sion par rap­port aux matéri­aux d’origine et provoque le sen­ti­ment déplaisant de s’être fait pren­dre pour un con. Pourquoi aller au ciné­ma, alors que l’on trou­ve les mêmes pro­duits en deux­ième par­tie de soirée sur les plus mau­vais­es chaînes du câble? Dans le même genre, revoyons vite Blade 2 de Guiller­mo del Toro afin de nous réc­on­cili­er avec les chas­seurs de vam­pires.