Deux ambu­lanciers, l’un débu­tant (Tye Sheri­dan) et l’autre vétéran (Sean Penn), sil­lon­nent les rues de New York sous les lumières rouges et bleues de leurs gyrophares. Vilain petit canard de la dernière com­péti­tion can­noise, Black Flies s’inscrit dans le sil­lage d’À tombeau ouvert, qui voy­ait Nico­las Cage devenir, au fil de ses sauve­tages, une sorte de saint dégénéré, per­du en plein bad trip dans les bas-fonds de Man­hat­tan. Jean-Stéphane Sauvaire reprend le style fiévreux et abrasif du film de Scors­ese (entre mix­age sonore assour­dis­sant et caméra à l’é­paule), auquel il ajoute d’é­paiss­es couch­es sym­bol­iques : gros plans sur des tatouages évo­quant la vie et le tré­pas, bour­don­nement macabre de mouch­es, dépeçage d’une bête dans un abat­toir au moment de ramen­er un patient à la vie, etc.

Black Flies ne lésine de fait sur aucun moyen pour surlign­er sa métaphore : sauver des vies implique de jouer en per­ma­nence avec la mort, de se pren­dre pour Dieu à l’arrière de son ambu­lance. Arbo­rant une veste avec des ailes d’ange en dehors du tra­vail, le per­son­nage prin­ci­pal s’ap­pelle Ollie Cross (com­pren­dre : holy cross) et finit les bras écartés comme un Christ en croix. Son parte­naire dépres­sif dis­paraît quant à lui du réc­it en adres­sant deux grands doigts d’honneur à la ville dans laque­lle il a per­du foi en la vie. À la fin de ce film lour­dingue, ce n’est pas l’envie qui manque d’imiter son geste.