La pro­duc­tion de per­son­nages sus­cep­ti­bles de nous appa­raître comme des ver­sions améliorées de nous-mêmes est, on le sait, l’un des ressorts du plaisir ciné­matographique. À l’opposé, on a sou­vent recours dans le reg­istre comique à des fig­ures d’anti-héros qui font tout ce que nous nous inter­dis­ons générale­ment de faire – par orgueil, par éthique ou par habi­tude. Bad Teacher, tout en s’inscrivant dans cette tra­di­tion, nous aco­quine avec un per­son­nage assez atyp­ique : une sorte de Mon­sieur Mégot trans­plan­té dans le corps de Cameron Diaz.

Le tal­ent et la faille d’Elizabeth, c’est sa déter­mi­na­tion. Rien en effet ne la détourne d’un objec­tif très pré­cis : celui de trou­ver un mari suff­isam­ment riche pour lui per­me­t­tre d’abandonner une pro­fes­sion dont elle n’a cure. Les temps sont rudes et les bons par­tis rares, si bien qu’Elizabeth se met en tête d’avoir recours à la chirurgie esthé­tique – une grosse paire de seins lui sem­ble être à même de résoudre tous ses prob­lèmes. Tout au long du film, la blonde enseignante a donc recours aux strat­a­gèmes les plus retors pour récolter la somme néces­saire à son opéra­tion.

Une par­tie du poten­tiel de diver­tisse­ment de Bad Teacher tient à d’archaïques pul­sions d’écolier(e) : voir un indi­vidu cen­sé rem­plir la noble fonc­tion de pro­fesseur hum­i­li­er ses élèves, les gaver de films en guise de cours et arriv­er au col­lège avec la gueule de bois nous ren­voie aisé­ment en enfance. Comme si, après avoir été à l’affût de la moin­dre faille du corps enseignant pen­dant des années, nous décou­vri­ons enfin sa face cachée.

Mais plus que dans la posi­tion d’élève, c’est surtout avec l’héroïne que le film nous place ; au-delà du plaisir nos­tal­gique, c’est donc en nous faisant adhér­er à une éthique sub­ver­sive qu’il se fait rel­a­tive­ment jouis­sif. Pour Eliz­a­beth, en effet, la bien­séance, le respect des autres et des règles de la vie en com­mu­nauté ne pèsent pas lourd en regard de ses objec­tifs per­son­nels. Pen­dant 1h33, nous sommes donc amenés à adopter une vision du monde (si l’on peut dire) assez poli­tique­ment incor­recte par son indi­vid­u­al­isme sans fard. Tout cela se man­i­feste par le biais d’un humour ver­bale­ment assez salé, par­fois potache, qui se main­tient à un rythme hon­or­able. Quelques moments parvi­en­nent même à sur­pren­dre, comme cette belle scène de for­ni­ca­tion habil­lée.

La rel­a­tive réus­site du film tient beau­coup au cast­ing. Il réus­sit à alléger en bonne par­tie un scé­nario qui ne fait pas dans la den­telle, et à sou­vent éviter l’ennui dont pou­vaient être source les per­son­nages sec­ondaires, tous rigoureuse­ment typés. Justin Tim­ber­lake – le bon par­ti – parvient allè­gre­ment à faire de l’outrance du scé­nario un atout comique, tan­dis que Jason Segel donne joli­ment chair au seul per­son­nage du film qui ressem­ble à un véri­ta­ble être humain.

Évidem­ment, le film ne peut se ter­min­er par un tri­om­phe de l’amoralité, c’est donc cet homme que la blonde fini­ra par choisir, renonçant ain­si à son bon par­ti et à son sil­i­cone. Mais ce revire­ment n’est que le point final du film et n’en­tame pas le plaisir coquin que l’on peut pren­dre à fan­tas­mer sur le mod­èle d’une vie vouée exclu­sive­ment à la recherche de son intérêt pro­pre et dénuée de toute cul­pa­bil­ité.