Adap­té de la bande dess­inée éponyme par son auteur Mar­guerite Abou­et, Aya de Yopougon pour­rait se pos­er comme une sorte de Per­sépo­lis ivoirien, où le regard intro­spec­tif d’une petite fille dev­enue cinéaste pro­jette sur ses sou­venirs d’enfance une radio­scopie sociale fouil­lée. Mar­guerite Abou­et vogue cepen­dant bien loin de l’acuité de Satrapi sur Téhéran, avec un film assez anec­do­tique, surtout préoc­cupé par la recon­sti­tu­tion d’un âge d’or fes­tif du quarti­er d’Abidjan. Le tableau se déploie en amourettes pas­sagères dans les danc­ings de plein air impro­visés de par la ville, mais manque d’un véri­ta­ble fil rouge, si ce n’est une his­toire de grossesse acci­den­telle plutôt inin­téres­sante.

Le film ne donne certes pas envie de le sabr­er, puisqu’on ne saurait lui refuser notre rel­a­tive sym­pa­thie : Aya de Yopougon est ryth­mé, plutôt drôle, et la recette nos­tal­gique fonc­tionne. Il fait par­tie de ces films d’animation mod­estes mais rieurs et solaires. L’écriture des per­son­nages est man­i­feste­ment l’aspect le plus fig­nolé : un por­trait de groupe plutôt soigneux qui brasse les tranch­es d’âge et de caté­gorie sociale avec un regard équitable ; pas de sévérité mal placée, ni d’idéalisation, le dosage d’humour et de ten­dresse tra­verse Abid­jan et Yopougon avec une absolue fraîcheur.

Il reste qu’Aya de Yopougon fait le min­i­mum syn­di­cal. Pau­vre­ment ani­mé, le film a par­fois l’air d’un web-doc­u­men­taire où seuls quelques motifs désignés par le son pren­nent vie dans un décor sans mou­ve­ment. Mar­guerite Abou­et souf­fre surtout d’un prob­lème de nar­ra­tion, puisque ladite Aya ne reçoit jamais les faveurs du réc­it alors même qu’elle con­cen­tre en elle une prob­lé­ma­tique d’extirpation sociale (issue d’un milieu pop­u­laire, elle veut devenir médecin) dont on attendait qu’elle soit l’arête dor­sale du film. Délais­sée, la jeune femme est réduite par sa neu­tral­ité plutôt com­mode à un sim­ple reflet des autres per­son­nages féminins, qui font valser le point de vue dans une poignée d’intrigues inabouties. Le réc­it perd ses repères et se met à déam­buler au hasard, se dis­perse dans l’accessoire, et s’achève comme il a com­mencé : sans vrai­ment de sub­stance.