Mise à part l’adaptation du Petit Spirou sor­tie en 2017, il aura donc fal­lu atten­dre 80 ans pour voir Spirou et Fan­ta­sio sur grand écran. Si l’on peut con­sid­ér­er leurs aven­tures comme un ersatz de Tintin (Fan­ta­sio reprenant le rôle du side­kick mal­adroit d’Haddock, Spip celui de Milou, et le Comte de Champi­gnac celui du savant lunaire Tour­nesol), la sin­gu­lar­ité de la bande dess­inée tenait juste­ment à une per­pétuelle évo­lu­tion iden­ti­taire, due à la suc­ces­sion des auteurs (Rob-Vel, créa­teur de Spirou, Jijé, Fran­quin, Tome et Jan­ry, etc…).

Justifier l’insolite

L’adaptation ciné­matographique devait donc pass­er par l’étape cru­ciale du choix, d’autant plus sig­ni­fica­tive dans le cas de cette série : se diriger vers la rus­tic­ité des années 1940, vers l’intrépidité naïve de l’âge d’or Fran­quin, ou la caus­tic­ité éton­nam­ment macabre et tra­gi-comique des suc­cès de Tome & Jan­ry ? Le film se sabor­de pour­tant en nég­ligeant un peu ses mod­èles, préférant se pli­er aux exi­gences de l’audimat — cibler un pub­lic enfant et famil­ial — et sac­ri­fi­ant l’héroïsme et la matu­rité de ses héros au prof­it d’un ton con­stam­ment puéril et de péripéties au sec­ond degré. Si l’on retrou­ve la bêtise de Fan­ta­sio (toute­fois un peu exagérée), le trait de car­ac­tère juvénile et ahuri de Spirou pour­ra décevoir les incon­di­tion­nels.

Les aven­tures de Spirou et Fan­ta­sio s’embourbe même, inex­plic­a­ble­ment, dans le piège de la ratio­nal­i­sa­tion ciné­matographique, anni­hi­lant l’insolite que per­me­t­tait le for­mat BD en le réduisant à une sim­ple ques­tion de trav­es­tisse­ment : notam­ment la jus­ti­fi­ca­tion des accou­trements si car­ac­téris­tiques des per­son­nages par la sit­u­a­tion dans laque­lle ils se trou­vent — Spirou est un voleur se faisant pass­er pour un groom de palace, Fan­ta­sio tache son cos­tume et est con­traint de porter une veste démod­ée trop petite.

Images fixes

Pris pour ce qu’ils ne sont pas, les per­son­nages prin­ci­paux par­ticipent à l’intrigue comme par acci­dent, mal­gré eux. Le scé­nario débute ain­si sur un quipro­quo, qui amorce d’emblée une course-pour­suite sans temps morts et sans enjeux émo­tion­nels : Spirou ne part sauver Champi­gnac (Chris­t­ian Clavier) que par intérêt financier, suivi par un Fan­ta­sio totale­ment niais. L’action est ain­si réduite à une intré­pid­ité feinte et par­o­diée, fixée super­fi­cielle­ment par l’imitation d’instantanés dess­inés — telles des arrêts sur images qui sem­blent tirés de la BD (par exem­ple la pos­ture alerte de Spirou) — n’allant pas plus loin que la sim­ple fig­u­ra­tion icono­graphique, et non dans un au-delà qui se penserait pri­or­i­taire­ment en terme de mou­ve­ments ciné­matographiques. En témoigne une séquence de pour­suite découpée en vignettes, enta­mant sérieuse­ment la lis­i­bil­ité glob­ale de la scène[1] et con­fir­mant la dés­espérante plat­i­tude esthé­tique de cette adap­ta­tion tamisée.

Notes

Notes
↑1 Imi­ta­tion un peu plan-plan du procédé employé lors de cer­taines tran­si­tions du pre­mier Hulk, sans la cohérence esthé­tique de son cinéaste, Ang Lee.