Auréolé d’un Grand Prix qu’on est en droit de trou­ver tail­lé trop grand pour lui, All We Imag­ine as Light a sus­cité sur la Croisette un ent­hou­si­asme qui s’ex­plique peut-être par le tim­ing de sa pro­jec­tion, en queue d’une com­péti­tion riche en objets imposants et démon­strat­ifs. Il faut recon­naître que le film est tout l’in­verse : mod­este, dis­cret, petit, presque trop dilué. Comme Les Graines du figu­ier sauvage, égale­ment présen­té en fin de fes­ti­val et bien accueil­li par le pub­lic can­nois, le deux­ième long de Pay­al Kapa­dia avait aus­si pour lui d’embrasser sans détour un hori­zon à la fois fémin­iste et socié­tal, dans sa manière de ren­dre compte d’un milieu corseté par ses tra­di­tions. Reste que le film affiche aujour­d’hui les mêmes faib­less­es qu’en mai dernier : les promess­es de l’in­triguant Toute une nuit sans savoir ont lais­sé place à une fic­tion plus cal­i­brée qui, sous son réc­it vaporeux, entend bross­er le por­trait de trois femmes dans l’Inde d’aujourd’hui, avec leur soli­tude et leur impos­si­bil­ité à trou­ver le bon­heur. Ce qui étonne tient surtout à la façon dont l’entrelacement nar­ratif (redou­blé par une divi­sion entre une par­tie à Mum­bai et une autre à la cam­pagne) aboutit à une forme d’aplatissement : les scènes se fondent dans une même tem­po­ral­ité alan­guie, ne ménageant que de rares pas de côté – la vis­ite d’une grotte, quelques éclats des lumières noc­turnes de la métro­pole, etc. – au sein d’une forme à la douceur appuyée.

Kapa­dia, se calant sur le tra­vail de ses per­son­nages (infir­mières dans un même hôpi­tal), prend leurs pouls pour saisir déli­cate­ment quelque chose de leur peine et tente de ménag­er, à tra­vers une société dont les forces répres­sives demeurent hors champ (des par­ents tra­di­tion­al­istes, le sys­tème des castes fig­uré par un seul pan­neau pub­lic­i­taire, etc.), une entente soro­rale. Déli­catesse : telle est la qual­ité à dou­ble tran­chant du film, pas dénué de ten­dresse pour ses per­son­nages, mais qui souf­fre d’un manque d’incarnation dans la manière de fig­ur­er leur chem­ine­ment vers une lumière ténue au cœur de la nuit. All We Imag­ine... est effec­tive­ment un film « light », si allégé qu’il sus­cite par moments une cer­taine indif­férence.