Pourquoi déclin­er Alien en série ? Cette ques­tion, on se la pose beau­coup devant Alien : Earth, dont le titre est par ailleurs men­songer, puisqu’il y est assez peu ques­tion de filmer la Terre ; l’action prend place dans une ver­sion dystopique et futur­iste de notre planète et se con­cen­tre plus par­ti­c­ulière­ment sur une île recluse qui pour­rait tout aus­si bien exis­ter à l’autre bout de la galax­ie. On se la pose d’autant plus que la nou­velle créa­tion de Noah Haw­ley, déjà aux manettes de la trans­po­si­tion de Far­go en série anthologique (les deux pre­mières saisons étaient remar­quables), accu­mule de nom­breuses tares des séries con­tem­po­raines : tun­nels de dia­logue, mise en place inter­minable, recours à la fig­ure d’une psy­cho­logue pour entrevoir l’intériorité des per­son­nages, une cer­taine façon de faire mon­ter la may­on­naise pour nous faire miroi­ter un cli­max qui n’advient pas, etc. En dépit de ces défauts, la série vaut toute­fois le coup d’œil et parvient même ponctuelle­ment à relancer l’intérêt d’une fran­chise que l’on croy­ait usée jusqu’à la corde – le dernier film, Romu­lus, pas ter­ri­ble, tenait avant tout du vaste recy­clage. Haw­ley s’inscrit pour­tant dans un sil­lon déjà bien creusé, celui des dernières itéra­tions de la fran­chise réal­isées par Rid­ley Scott (les mal aimés Prometheus et Covenant), en délais­sant en par­tie la fig­ure du xénomor­phe pour se focalis­er sur celle de l’androïde, et plus spé­ci­fique­ment ici sur une bande d’enfants malades dont la con­science a été trans­férée dans des corps syn­thé­tiques aux com­pé­tences surhu­maines. Le mon­stre est même dou­ble­ment mis sur le bas-côté, puisque son arrivée sur Terre se fait en com­pag­nie de nou­velles créa­tures extra-ter­restres qui lui volent la vedette, entre des sang­sues à l’appétit dévo­rant et surtout une mer­veille de par­a­site, le T‑Ocellus, un œil ultra-intel­li­gent muni de petits ten­tac­ules qui prend pos­ses­sion du cerveau de ses hôtes en se logeant dans l’une de leurs cav­ités ocu­laires.

Ce virage nar­ratif ouvre sur la part la plus intéres­sante de la série, quand les dif­férents spéci­mens, récoltés après le crash d’un vais­seau qui occupe les pre­miers épisodes, sont étudiés dans les instal­la­tions high-tech d’un mil­liar­daire. Alien : Earth livre alors quelques visions inspirées : la dis­sec­tion d’un « face­hug­ger »,  une insémi­na­tion arti­fi­cielle d’un xénomor­phe-sper­ma­to­zoïde dans un poumon humain (!), ou encore la prise de pos­ses­sion d’un mou­ton par le T‑Ocellus, à l’origine d’une vision ter­ri­fi­ante (l’animal tout juste par­a­sité se dresse sur ses deux pattes, toise les sci­en­tifiques, puis se remet pas­sive­ment dans sa pos­ture naturelle, l’air cru­el et grave, atten­dant son heure). Mais la série, in fine, se trompe de per­son­nage : si le plus intéres­sant est Kirsh (Tim­o­thy Olyphant), un androïde morale­ment ambigu qui ne sem­ble mû que par sa curiosité et sa soif d’expérimentation, elle élit comme cœur bat­tant ces « enfants per­dus » pour lorgn­er vers un réc­it plus con­venu de révolte et d’émancipation. Dom­mage, car pen­dant un temps, Alien : Earth aura dess­iné un hori­zon pro­pre­ment sériel : celui d’un lab­o­ra­toire dans lequel on prend le temps de s’amuser des poten­tial­ités graphiques d’un con­cept nar­ratif.