Semaine chargée pour les ménagères de moins de 50 ans : après leur avoir expliqué com­ment trou­ver et/ou garder leur mec tout en vieil­lis­sant bien et en rigolant grasse­ment dans Sex and the City, le grand écran leur apprend à con­juguer en riant moins leur vie de cou­ple, leur vie pro­fes­sion­nelle, leurs enfants et tout le tralala dans un manuel à mi-chemin entre Femme actuelle, C’est mon choix et Les Femmes vien­nent de Vénus (etc). Dans 48 heures par jour (Palme d’or du titre le moins facile à mémoris­er), on fait aus­si beau­coup de ciné­ma. Mais pas au sens pro­pre.

Comme Isabelle Mer­gault en son temps invo­quait Ernst Lubitsch (paix à son âme), Cather­ine Cas­tel a visé haut pour son pre­mier long métrage (le dernier d’une courte série ?) : voici que Howard Hawks, ni plus ni moins, vient hanter le pro­jet de 48 heures par jour. Ques­tion : la réal­isatrice s’est-elle véri­ta­ble­ment plongée dans un sérieux vision­nage de L’Im­pos­si­ble Mon­sieur Bébé ou de La Dame du ven­dre­di ? Ou s’est-elle sim­ple­ment vague­ment sou­v­enue d’un cours de ciné­ma évo­quant l’anec­dote du métronome que Hawks aurait util­isé lors de ses tour­nages pour en accélér­er le rythme ? Dans 48 heures par jour, les acteurs sem­blent tant jouer à celui qui débit­era le plus vite son texte, qui à leur décharge ne sem­ble pas avoir pour eux beau­coup de sig­ni­fi­ca­tion (ni pour nous d’ailleurs), qu’on penchera pour la deux­ième propo­si­tion. Cather­ine Cas­tel a sans doute tourné son film à toute berzingue. On lui aurait su gré néan­moins d’ac­corder plus de temps à l’écri­t­ure du scé­nario, à la mise en scène, ou sim­ple­ment à l’idée même de pass­er à la réal­i­sa­tion d’un long métrage “de ciné­ma”, qu’un ami mal atten­tion­né lui a peut-être souf­flé à l’or­eille.

48 heures par jour est une comédie, donc. Sur les aléas de la vie con­ju­gale pour la femme active, soit. Pas très nou­veau tout ça, mais bon : Cather­ine Cas­tel a évité de vers­er dans la “car­i­ca­ture”, elle l’a promis. Le mari qui ren­tre tard en lais­sant sa femme s’oc­cu­per des goss­es mais prend du temps pour lire L’Équipe au bureau, le patron d’en­tre­prise qui coupe ses livres parce qu’ils ne tien­nent pas dans la bib­lio­thèque (“la lec­ture, c’est pour les losers”, dit-il), la préférence de l’homme pour une jeune fille au pair sexy plutôt qu’une nounou et femme de ménage mous­tachue : pas car­i­cat­ur­al du tout, non, non. Cather­ine Cas­tel nous le jure : c’est comme ça que ça se passe dans la vraie vie, et faut que ça change, na ! Ras-le-bol des maris qui ne font rien à la mai­son, tout le monde devrait réa­gir comme Aure Ati­ka, qui pré­tend par­tir six mois au Japon pour s’oc­cu­per de sa pas­sion­nante car­rière pro­fes­sion­nelle (on n’a pas très bien com­pris ce qu’elle fait, quoiqu’il sem­ble que la pro­mo­tion de “pneus” soit impliquée quelque part), mais en réal­ité reste à Paris dans l’ap­part’ de sa col­lègue, ouh la vilaine menteuse. Avant de récupér­er enfants et mari plus amoureux que jamais, elle peut même s’of­frir une nuit sans lende­main avec son voisin de palier. Trop cool la leçon de soci­olo­gie, c’est Delarue qui doit être con­tent pour son prochain débat.

Il fut un temps pas si loin­tain où la comédie française était presque sor­tie de l’ornière où elle était tombée depuis moult années (sou­venir ravi de Hors de prix), mais apparem­ment, tout le monde s’acharne depuis à l’en­fon­cer encore plus. Dia­logues minables réc­ités sans con­vic­tion (vieil­lir ne fait pas du bien à Antoine de Caunes qui en a per­du son humour), réal­i­sa­tion digne d’un épisode de Joséphine ange gar­di­en (TF1 étant le pro­duc­teur du film, jack­pot !), philoso­phie de bazar, mon­tage et image tout pour­ris. Si per­son­ne n’en sort gran­di, seule Vic­to­ria Abril, dont l’ac­cent espag­nol est si sexy qu’elle pour­rait débiter l’an­nu­aire, a tou­jours l’air un peu classe. On ne va pas s’acharn­er, franche­ment, ça n’en vaut pas la peine. Un mémo pour l’avenir, cepen­dant : qu’on laisse Howard Hawks en dehors de toutes ces inanités, d’abord parce qu’il n’a rien fait pour le mérit­er, ensuite parce qu’il pour­rait bien revenir et ne pas être très con­tent.