Suite directe de 28 ans plus tard, Le Tem­ple des morts casse la dynamique fon­da­men­tale de la saga, inscrite dans son titre mou­vant : chaque volet repo­sait jusqu’alors sur une ellipse pour fig­ur­er les con­séquences de la prop­a­ga­tion d’un virus aus­si vir­u­lent que dévas­ta­teur. Les enjeux sont ici plus mod­estes et artic­ulés autour de deux lignes nar­ra­tives qui finis­sent par se rejoin­dre. D’un côté, le jeune Spike (Alfie Williams), le héros du précé­dent épisode, est embri­gadé dans une bande de sadiques qui vouent un culte au dia­ble, s’amusent à danser comme les Télé­tub­bies et écorchent vives leurs proies. De l’autre, Kel­son (Ralph Fiennes), un médecin légère­ment givré et recou­vert d’iode, expéri­mente sur Sam­son, un infec­té alpha qu’il shoote à la mor­phine pour danser avec lui dans l’ossuaire gigan­tesque don­nant son titre au film. Nav­iguant entre tor­ture porn et comédie potache, Le Tem­ple des morts organ­ise de la sorte une ren­con­tre entre un « doc­teur athée » et un « sataniste ». Façon pour Alex Gar­land, scé­nar­iste et véri­ta­ble archi­tecte de la fran­chise, de met­tre en exer­gue son pro­jet : si 28 ans plus tard rame­nait du car­toon et du sur­na­turel dans une saga de « zom­bies » jouant jusqu’ici plutôt la carte du réal­isme, Le Tem­ple des morts réin­jecte une dose de « sci­ence », ou du moins fait s’entrechoquer une lec­ture médi­cale avec une vision fan­tas­magorique de l’Apocalypse. Le chef de bande des « Jim­mys » (Jack O’Connell, dans un rôle voisin de celui qu’il tient dans Sin­ners), per­suadé d’être le fils du dia­ble, dit enten­dre des voix l’incitant à pour­suiv­re sa mis­sion sanglante, tan­dis que Kel­son entrevoit la pos­si­bil­ité de « dés­in­fecter », même par­tielle­ment, le colosse Sam­son.

Les expéri­ences chim­iques de Kel­son font du per­son­nage un avatar du scé­nar­iste, qui bricole ses mix­tures tout en affichant un sens cer­tain du spec­ta­cle. Le cli­max du film est d’ailleurs un son et lumière en bonne et due forme, pas une scène hor­ri­fique – les infec­tés sont presque absents du film. Drôle d’ambition : il ne s’agit plus véri­ta­ble­ment de men­er tam­bour bat­tant une relec­ture du film de zom­bies, mais de s’amuser dans son coin avec un con­cept scé­nar­is­tique, trit­uré dans tous les sens. Le résul­tat, pas très con­va­in­cant, a toute­fois deux atouts par rap­port au précé­dent volet : la mise en scène clipesque de Dan­ny Boyle, insup­port­able de maniérisme, est rem­placée par celle plus passe-partout et fonc­tion­nelle de Nia DaCos­ta (révélée par le très mau­vais remake de Can­dy­man), et le film peut compter sur l’abattage cabotin de Ralph Fiennes qui s’amuse seul, mais vrai­ment tout seul, au milieu de cette intrigue grand-guig­no­lesque.