Avec ses allures de Ken sur pattes, doté d’un organe vocal qui a émoustil­lé plus d’une fil­lette, Zac Efron avait tout pour être le sur­vivant de la trilo­gie au suc­cès plané­taire High School Musi­cal. Après une presta­tion plutôt réussie dans Hair­spray, Zac, devenu un pro­duit mar­ket­ing à lui tout seul, renoue avec ses pre­mières amours: la comédie guimauve pour pré-ados. Point de chan­sons ici, mais un peu de fan­tas­tique et surtout une com­plai­sance hal­lu­ci­nante dans la pro­pa­gande des valeurs puri­taines. À fuir !

Quand il avait 17 ans, Mike O’Donnell (Zac Efron) était la star du lycée. Toutes les filles étaient folles de lui et il était le roi du drib­ble! Vingt ans après, il a pris les traits de Matthew Per­ry (cherchez l’erreur) et il est devenu un los­er. En instance de divorce, il vit chez son meilleur pote, un ado attardé arché­type du nerd qui prend son petit dej’ avec des oreilles de Spock et peut vous réciter l’intégrale du Seigneur des anneaux. Heureuse­ment, un bon génie donne à Mike une sec­onde chance et lui offre de nou­veau son corps d’adolescent. Mike reprend les bancs du lycée et, en jus­tici­er des bons sen­ti­ments, il parvien­dra coup sur coup à récupér­er sa femme, à défendre son fils souf­fre-douleur du bahut et à incul­quer à sa fille de bonnes valeurs rétro­grades. Tout un pro­gramme!

Si cer­tains penseront à Big, gen­tille comédie pour ados où un gamin se retrou­vait comme par magie dans le corps de Tom Han­ks, la com­para­i­son s’arrête là car il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce énième teenage-movie for­maté. Le véri­ta­ble sujet du film, c’est Zac Efron, pro­duit mar­ket­ing à la mèche longue révélé dans High School Musi­cal. Il peut à lui seul déplac­er des armées de pré-ados au bord de l’apoplexie, rien qu’à l’idée de voir leur idole en grandeur ciné­mas­cope. Recon­nais­sons au moins qu’elles ne dépenseront pas pour rien l’argent gag­né à la sueur de leur baby-sit­ting puisque le beau gosse est de tous les plans. En guise d’amuse-gueule, il nous offre même ses abdos et son sourire ultra-bright avant de se ris­quer à une petite choré­gra­phie sur le ter­rain de bas­ket, encour­agé par des blondass­es décol­orées. Mais c’est une bien mai­gre con­so­la­tion !

Ne cherchez, en effet, aucun ciné­ma ni sens de l’écriture dans ce navet affligeant qui ferait passe un épisode de 7 à la mai­son pour le comble de l’avant-gardisme. Car en quit­tant les délires musi­caux for­matés de Dis­ney, Zac Efron s’est soudain trans­for­mé en messie des asso­ci­a­tions catholiques, se com­plaisant à véhiculer des mes­sages rem­plis de puri­tanisme abject que nos chères têtes blondes vont s’empresser de gob­er. Au bout de ces 90 min­utes irri­tantes (et autant de faux rac­cords sur les cheveux de Zac), on aura donc appris qu’il ne faut surtout pas être gros, qu’il vaut mieux éviter d’être homo et qu’il n’est pas néces­saire d’avoir de préser­vat­ifs avec soi puisque bien enten­du il ne faut pas couch­er avant le mariage (c’est Benoît qui va être con­tent !). Si seule­ment notre nou­veau Jésus-Christ Super­star s’était mis en tête de mul­ti­pli­er les pains, il nous aurait au moins sor­ti de la crise. Mal­heureuse­ment, son jeu du “Zac a dit” ne risque pas de faire de nom­breux mir­a­cles, bien au con­traire!

Alors on se con­sole en essayant de trou­ver des excus­es (qui ont du mal à venir). On se sur­prend à croire que cette fuite dans le puri­tanisme est une sorte de repen­tance des trop rares élans trans­gres­sifs du scé­nario, notam­ment lorsque l’his­toire esquisse une idylle inévitable entre Zac et sa fille. Et on se dit que c’est bien dom­mage que cette voie ne soit prise que par inter­mit­tence, trop timide­ment. 17 ans encore ne dépasse ain­si jamais le stade du film for­maté boosté à la sauce catho pour les ménagères de moins de 12 ans. Espérons que Zac (pas trop mau­vais acteur au demeu­rant) ne s’enferme pas dans ce créneau. Car à voir l’hystérie provo­quée lors de sa présence à l’avant-première parisi­enne, il y aurait fort à pari­er que la pro­pa­gande con­tin­ue encore quelques années.