Dépourvu d’hu­mour, d’hu­mil­ité, d’un bon scé­nario, de bons acteurs (excep­té Aurélien Reco­ing) et d’une mise en scène inven­tive, 13 (Tza­meti) est aus­si bon qu’un film d’é­tu­di­ant qui se serait déjà pris pour un grand. À telle­ment se pren­dre au sérieux, on se demande par­fois si tout ce ridicule n’est pas un tant soit peu voulu.

Sébastien est un jeune homme sans his­toires. Cou­vreur de for­tune, il sub­vient aux besoins de sa famille avec laque­lle il vit dans une cham­bre mansardée. Un jour, tan­dis qu’il répare le toit d’une mai­son en bord de mer, le pro­prié­taire meurt d’une over­dose. Lassé, comme on s’en doute, de ces con­di­tions de vie pré­caire, il décide de répon­dre à sa place à une con­vo­ca­tion cen­sée lui rap­porter beau­coup d’ar­gent. Au bout du compte, son périple le mèn­era jusqu’à une ferme isolée où des for­tunés organ­isent des tournois mor­tels pour s’en­richir.

Exem­ple par­fait d’une œuvre qui s’est con­stru­ite sur une seule idée, 13 (Tza­meti) est d’une pau­vreté affligeante. Film d’é­tu­di­ant peu inspiré, ce pro­jet n’hésite pas un instant à se mesur­er à ses mod­èles. Le choix du noir et blanc n’est pas sans faire penser à La Haine de Math­ieu Kasso­vitz ou, moins glo­rieux, au navrant Angel‑A de Luc Besson. Le tournoi en lui-même rap­pelle bien évidem­ment l’une des scènes les plus fortes de Voy­age au bout de l’en­fer de Michael Cimi­no et l’âpreté ambiante de cet univers mafieux à la française lorgne du côté de Melville. Com­para­isons auda­cieuses aux­quelles Géla Bablu­ani se risque sans la moin­dre hési­ta­tion, sans la moin­dre humil­ité non plus. De ces grands films qui ont mar­qué l’his­toire du ciné­ma, le réal­isa­teur n’en a mal­heureuse­ment gardé que les tics, les expres­sions les plus car­i­cat­u­rales. Per­suadé que ces clins d’œil suf­fi­raient à don­ner à 13 (Tza­meti) une con­sis­tance et une cohérence, Géla Bablu­ani a com­plète­ment nég­ligé cer­tains points pour­tant essen­tiels à la réus­site d’un film.

Dif­fi­cile de croire qu’un jury ait pu attribuer le moin­dre prix (Venise, Sun­dance) à ce qui n’est ni plus ni moins qu’un court métrage étiré sur une heure trente. Plus dif­fi­cile encore de croire que quelqu’un a été payé pour écrire des dia­logues aus­si ineptes ou pour diriger les acteurs pour la plu­part en roue libre. Les pre­mières scènes sont à ce sujet con­ster­nantes. Avant de mourir de cette étrange over­dose, l’homme que Sébastien va rem­plac­er est pour­suivi par sa com­pagne lassée de le voir en état d’ébriété. Elle lui hurle des « gros porc » avec son accent à la Bel­luc­ci, roule des yeux pour mieux faire enten­dre sa colère, s’adresse à Sébastien à l’im­pératif pour faire com­pren­dre que c’est une femme forte. Bref, que de l’in­tense, qu’on retrou­ve longue­ment lors des mul­ti­ples scènes du tournoi auquel par­ticipe le jeune homme. Lui, silen­cieux, se fait sans cesse hurler dessus par des acteurs qui vom­is­sent lit­térale­ment leur texte avec une rare impli­ca­tion. Ce pre­mier degré per­ma­nent laisse espér­er que quelque chose vienne enray­er la machine, prou­ver qu’une ironie pointe der­rière cette prise de sérieux franche­ment détestable. Rien à faire. C’est un peu comme si Luc Besson décidait de faire un film sur les récentes émeutes dans les ban­lieues aux­quelles il se dit sen­si­ble. De l’es­broufe en somme.