Nou­velle relec­ture du mythe de la momie (et reboot de la fran­chise de la décen­nie précé­dente), ce pro­jet d’Universal inter­pelle à tous les niveaux : pourquoi pro­duire une nou­velle saga de mon­stres, alors que ces thèmes de revenants et de malé­dic­tions mythologiques sont déjà déclinés à foi­son, en ayant pour­tant la pré­ten­tion de vouloir faire table rase du passé ? Entre­prise ô com­bi­en périlleuse face à un univers aus­si pop­u­laire, d’autant que le film est tirail­lé entre la mise en place de son back­ground mys­tique, expédié en quelques flash­backs et voix-off, et la délim­i­ta­tion d’un espace de jeu pour sa super­star.

Thriller Night

Que faire de nou­veau quand ces mythes et ces his­toires — résur­rec­tions, morts-vivants, momies — ont été déclinés sur tous les reg­istres et tous les sup­ports (lit­téra­ture, ciné­ma, clip musi­cal, jeu vidéo) ? Mal­gré l’apparent effort de ren­dre les créa­tures crédi­bles, La Momie ne parvient pas à empêch­er le sou­venir d’une icono­gra­phie par­o­dique et kitsch.

La tâche scé­nar­is­tique était for­cé­ment bien trop dif­fi­cile : com­ment ingur­giter et régur­giter cette sur­charge de mythes et de mon­stres sur 1h50, avec l’ambition de lancer une nou­velle saga ? Com­ment faire cohab­iter des univers pour­tant dif­férents, et ratio­nalis­er la présence de cha­cun (quel lien peut-il y avoir entre le Dr Jekyll et un dieu égyp­tien ?) ? C’est bien l’intention même d’aplanir ces réc­its diver­gents pour une nou­velle his­toire com­mune qui pose prob­lème, d’où l’impression de pau­vreté de la toile de fond. Tout finit pour­tant bien par se nivel­er, grâce à celui qui a le pou­voir de tout aspir­er, d’ir­radier l’im­age de sa présence, celui qui a su faire d’Hollywood son ter­rain de jeu d’enfant gâté et rester sa star la plus bank­able au fil des décen­nies. On pou­vait s’étonner de voir Tom Cruise endoss­er le rôle d’une vedette de sec­onde zone au ser­vice d’un block­buster (comme Bren­dan Fras­er pour La Momie en 1999 par exem­ple).

Vents contraires

Encore une fois, tout se plie pour lui, pour sa sil­hou­ette alerte, et les dif­férentes péripéties sont aus­si pré­textes à voir sa phy­s­ionomie en action, son corps bal­ay­er les espaces (à l’im­age de la séquence du crash où Cruise flotte avec une pais­i­ble grâce). Alors que les Mis­sion : Impos­si­ble avaient été mis en pro­duc­tion par et pour Cruise lui-même, ce nou­veau film démon­tre aus­si que l’acteur peut pli­er à sa volon­té les stu­dios les plus inflex­i­bles (on remar­que d’ailleurs au scé­nario la présence de McQuar­rie, sol­dat de Cruise depuis Jack Reach­er).

Sans réelle ambi­tion, le film pâtit de sa volon­té de créer, coûte que coûte, un super-héros pour la fran­chise, alors que son per­son­nage prin­ci­pal était un indi­vid­u­al­iste un peu fade qui se soucie soudaine­ment du sort de l’humanité pour les beaux yeux du Dr Jen­ny Halsey. La Momie célèbre son héros dans son dernier chapitre, sans avoir con­va­in­cu de sa bravoure, sur musique à la Zim­mer et voix-off grave à la Dark Knight. Tom Cruise dans une saga plus forte que lui, le rêve était trop beau, et ces deux con­traires finis­sent par se court-cir­cuiter. C’est tout ce qu’il y a à retenir de ce ratage en règle dont la mise en pro­duc­tion même aurait dû être bien plus ques­tion­née par le stu­dio, eu égard à son ambi­tion de rivalis­er avec les fran­chis­es de Mar­vel et Warn­er.