Prob­le­mos mar­que une nou­velle étape dans la car­rière d’Éric Judor der­rière la caméra : non seule­ment le comé­di­en n’est pour une fois pas crédité au scé­nario de son film, mais son per­son­nage – calqué sur celui qu’il campe dans la série Pla­tane – d’homme lourd, mal­adroit, veule et même sournois, se retrou­ve ici cat­a­pulté dans un univers où il n’apparaît plus comme l’élément le plus anor­mal. De son pitch con­ceptuel (alors que Vic­tor et sa famille séjour­nent dans une com­mu­nauté alter­mon­di­al­iste, une pandémie chim­ique éclate et décime le reste de l’humanité), le film trace moins un hori­zon bur­lesque (comme dans Seuls Two) qu’il ne des­sine une galerie de per­son­nages con­fron­tés au défi de recom­pos­er le monde à l’aune de leurs pré­ceptes révo­lu­tion­naires. On voit bien ce qui a poussé Judor à pren­dre les com­man­des d’un tel pro­jet : à la fois au cen­tre du réc­it et en marge de la com­mu­nauté autour de laque­lle se struc­ture l’intrigue, son per­son­nage met en exer­gue les aspects les plus icon­o­clastes de cette micro-société tout en occu­pant au sein du groupe une place incon­fort­able et par là dis­so­nante. Autant sur le ter­rain de la per­sona (Pla­tane, où l’acteur joue son pro­pre rôle) que celui du bur­lesque (le slap­stick san­guino­lent de La Tour 2 con­trôle infer­nale), le masochisme est en effet la pierre angu­laire du comique de Judor, qui incar­ne ici un gringalet dont la gaucherie ren­ferme là encore une part de mon­strueux, entre men­songes et vio­lences qui font beau­coup de la drô­lerie du film.

En déséquilibre

Reste que Prob­le­mos, sans décevoir, pâtit un peu de sa struc­ture – une suite de sketch­es loufo­ques sou­vent réus­sis mais qui éloignent par­fois son héros du cen­tre de l’action, pour don­ner la part belle à l’ensemble des comé­di­ens qui gravi­tent autour de lui. C’est une con­fig­u­ra­tion assez nou­velle pour l’acteur, lui qui a déjà joué dans un ensem­ble (la série H, mais aus­si ses petits rôles dans des comédies français­es pop­u­laires), en duo (avec Ramzy Bédia), ou seul con­tre tous (Pla­tane), mais jamais à la fois au cœur et en périphérie. Ici, sa place hybride est la source d’un déséquili­bre qui frag­ilise un peu ce film dont le charme tient toute­fois à sa non­cha­lance, la promesse d’un argu­ment nar­ratif excep­tion­nel (l’Apocalypse, rien que ça) étant rapi­de­ment bro­cardée au prof­it de saynètes qui exploitent un cadre de jeu retranché. Pas de quoi donc boud­er son plaisir : il faut aus­si aimer les propo­si­tions comiques de Judor, très auda­cieuses, avec leurs ratés. Ils ne pèsent pas très lourd face au reste et témoignent d’une rad­i­cal­ité dans la recherche comique (le film, à sa manière, pousse par­fois très loin cer­tains gags) de Judor, décidé­ment une fig­ure bien sin­gulière dans le champ de la comédie française.