Le deux­ième volet de l’adaptation ciné­matographique du phénomène 50 Shades of Grey ne pou­vait pas plus mal porter son titre, tant son pro­gramme tient en deux mots d’ordre : moins de nuances et moins de noirceur. C’est d’autant plus regret­table que si le pre­mier volet affichait d’évidentes lim­ites et pâtis­sait de sa psy­cholo­gie de comp­toir, le film pro­po­sait, un peu à la manière du tout pre­mier Twi­light, une radi­ogra­phie aus­si éro­tique que bizarroïde de la nais­sance du désir. Non pas par le prisme d’un porno-soft, mais plutôt d’un porno d’abord sans sexe : la pre­mière moitié (mais hélas, la pre­mière moitié seule­ment) du film plongeait ain­si sa vierge héroïne dans un monde dont tous les élé­ments con­sti­tu­tifs ren­voy­aient à sa pro­pre soif d’exploration sex­uelle. Pas­sion­nant pro­jet, qui fai­sait du film un tapis­serie de métonymies et de sous-enten­dus plus ou moins sub­tils, mais un pro­jet mal­heureuse­ment à moitié tenu : à par­tir du moment où la belle et la bête pas­saient à l’acte, le film délais­sait ce cadre de jeu pour s’aventurer dans l’inconscient tor­turé du mil­liar­daire dom­i­na­teur.

Le prob­lème de cette suite est dou­ble : d’une part, la “noirceur” promise tient moins dans l’évolution des rap­ports sex­uels d’Anastasia Steele et de Chris­t­ian Grey que dans la mul­ti­pli­ca­tion d’intrigues par­al­lèles (un boss autori­taire, une anci­enne soumise dépres­sive, une vieille maîtresse jalouse et pos­ses­sive), et de l’autre parce que le réc­it aban­donne la métonymie pour des séquences entéri­nant cette fois-ci défini­tive­ment une imagerie de porno-soft, où des pra­tiques (cun­nilin­gus, jeux exhi­bi­tion­nistes, etc.) sont représen­tées sans toute­fois être pleine­ment révélées. Les scènes de sexe égrainent ain­si l’avancée du réc­it comme les meurtres d’adolescents jalon­nent un mau­vais slash­er, de façon mécanique et répétée, au sein d’une dra­maturgie aux allures de soap où les con­flits s’achèvent avec des mar­ti­nis jetés à la fig­ure. Reste Dako­ta John­son, tou­jours très bien (c’est d’ailleurs l’un des véri­ta­bles mérites de ces sagas ado­les­centes pour­tant si méprisées – Twi­light, Hunger Games et autres Diver­gente : révéler les actri­ces de demain), mais que le film sous-exploite : c’est moins sa poitrine menue ou ses fess­es cour­bées, ici allé­gre­ment dévoilées, que sa bouche entrou­verte et ses yeux bril­lants qui dis­til­lent le peu d’énergie éro­tique de cette suite com­plète­ment ratée.