À par­tir d’un réc­it intimiste et sim­ple — le quo­ti­di­en d’un ingénieur (désigné comme « l’écubier ») reclus seul dans une forêt et occupé à con­stru­ire un pont — Subima­go est avant tout une réflex­ion sur le temps et ses strates. Le per­son­nage prin­ci­pal sem­ble en effet vivre son quo­ti­di­en de manière acharnée tout en reni­ant son passé.

Temporalité paradoxale

La con­struc­tion qu’établit le mon­tage repose sur une tem­po­ral­ité par­fois alam­biquée, alter­nant entre passé, présent et futur, par des coupes au sein d’un même plan (une lib­erté de mon­tage qui lorgne du côté de la Nou­velle Vague, notam­ment À bout de souf­fle de Jean-Luc Godard et ses coupes franch­es ellip­tiques), ou de saynètes insérées telles des images sub­lim­i­nales. Han­té par une image, celle d’un corps immergé sous l’eau, le per­son­nage sem­ble purg­er sa peine par un tra­vail acharné à la lim­ite de l’absurde. Alors que celui-ci vit le présent aveuglé­ment au tra­vers de ses activ­ités quo­ti­di­ennes — un effet ren­for­cé par la minu­tie de la mise en scène et la pré­ci­sion qu’a exigé le cinéaste dans la gestuelle de son comé­di­en, qui exé­cute une par une les tâch­es d’un ingénieur — cette image expi­a­toire emmène, quant à elle, le film ailleurs.

Isolé du monde extérieur, l’écubier se retrou­ve pris dans un temps para­dox­al, sus­pendu et en marge du com­mun des mor­tels. En témoigne une scène où le per­son­nage ren­con­tre enfin d’autres per­son­nes, venues tra­vers­er le pont qu’il a con­stru­it : il s’avance alors à con­tre-courant de la foule, qui ne lui prête qua­si­ment aucune atten­tion.

Surabondance de symboles

Bien que le per­son­nage sem­ble con­damné, tel Sisyphe, à répéter la même tâche, l’enjeu du réc­it est de le sor­tir de la cir­cu­lar­ité. L’excès de sym­bol­es bibliques — le lan­dau dans la riv­ière, l’exode de la foule qui tra­verse le pont, évo­quant Moïse — per­met d’ailleurs d’anticiper facile­ment la tour­nure du scé­nario.

Le film est en effet le réc­it d’une rédemp­tion — ce que con­firme le car­ton final présen­tant une liste de déf­i­ni­tions du terme “subima­go”, désig­nant glob­ale­ment l’idée d’une méta­mor­phose, du pas­sage adulte, ou d’une renais­sance. L’image récur­rente qui han­tait l’écubier se révèle être une vision de son futur plutôt qu’une réminis­cence. Libéré de son cocon à la fin du film, le voilà prêt à avancer. Sous l’eau, sa peau sem­ble d’ailleurs se détach­er — les remous provo­qués par le corps ont été blan­chis en post-pro­duc­tion, don­nant l’impression d’une décom­po­si­tion. C’est la sim­plic­ité d’exé­cu­tion — et non l’originalité de sa nar­ra­tion — de ce réc­it d’initiation et d’accomplissement, de cir­cu­lar­ité puis de linéar­ité, qui per­met d’apprécier finale­ment Subima­go.