Jack Reach­er : Nev­er Go Back est un film para­dox­al, jusque dans son titre qui sem­ble autant désign­er la con­di­tion de Reach­er (celle du sol­dat qui « ne revient jamais » vrai­ment de la guerre – dix­it son nou­veau rival et alter ego) que for­muler une promesse de fuite en avant de l’action et du réc­it. Or dans ce deux­ième volet, Jack Reach­er fait au con­traire marche arrière : il revient à Wash­ing­ton, là où il a offi­cié jadis comme sol­dat avant de devenir un vig­i­lante bourlin­guant aux qua­tre coins de l’Amérique, et se retrou­ve par ailleurs rat­trapé par son passé avec l’apparition d’une jeune fille qui pour­rait bien être la sienne. Ces deux élé­ments qui font office de fon­da­tions nar­ra­tives pour ce thriller bien peu inspiré sont aus­si l’occasion de pour­voir deux parte­naires de jeu à Reach­er : une gradée tombée soudaine­ment et injuste­ment en dis­grâce et l’adolescente dont Reach­er serait poten­tielle­ment le père. La for­ma­tion de cette famille impro­visée, qui mar­que un pas de côté par rap­port au précé­dent volet, empêche surtout Nev­er Go Back de renouer avec la spé­ci­ficité du pre­mier Jack Reach­er qui, sans être un grand film, exac­er­bait très bien la ten­dance des derniers longs-métrages avec Tom Cruise à être avant tout et presque exclu­sive­ment des films sur Tom Cruise[1]. Petit traité de fétichisme où l’acteur ray­on­nait de mille feux, Jack Reach­er offrait à son inter­prète un nou­veau ter­rain de jeu mod­este mais par­faite­ment en adéqua­tion avec ce que Tom Cruise fait aujourd’hui le mieux : se plac­er tout entier au cen­tre de films d’actions sans grande enver­gure mais tail­lés sur mesure. L’échec de ce deux­ième volet tient juste­ment au décen­trage qu’il opère vis-à-vis de la star, qui se voit accom­pa­g­née de plusieurs dou­bles : dou­ble amoureux (la major, qui partage avec lui la même rigid­ité mil­i­taire), dou­ble fil­ial (l’adolescente, qui fait éta­lage de la même astuce), dou­ble malé­fique (l’ex-soldat qui le pour­chas­se).

Intéres­sante stratégie d’écriture, mais là encore, stratégie para­doxale, tant elle dénoy­aute le film de son plus gros poten­tiel. En cher­chant à enrichir la par­ti­tion bien rodée que joue la star depuis quelques années, Jack Reach­er : Nev­er Go Back s’éloigne de l’essentiel et se révèle de fait le plus insipi­de des « Tom Cruise movies » et le moins bon film de l’acteur depuis Vanil­la Sky. Con­damné à errer dans un thriller d’action d’un autre âge, aux enjeux aus­si rachi­tiques que grossière­ment dess­inés, Cruise paraît ici inca­pable de tran­scen­der les molles pour­suites qui défi­lent sous nos yeux. D’autant que le film finit par admet­tre lui-même l’étrangeté de son mou­ve­ment, qui va à con­tre-courant de l’avancée soli­taire de Reach­er, en sol­dant les élé­ments hétérogènes qu’il s’est éver­tué à met­tre en avant : le devenir amoureux dess­iné par le film s’estompe sans se con­cré­tis­er et la pater­nité du jus­tici­er se révèle finale­ment rabotée. Un film pour rien, donc, où Tom Cruise paraît cette fois-ci s’enfoncer un peu trop dans ce qui com­mence à ressem­bler sérieuse­ment à une rou­tine.

Notes

Notes
↑1 Sur ce point, se référ­er à la cri­tique d’Edge of Tomor­row et l’essai de Louis Blan­chot pub­lié chez Capric­ci, Les Vies de Tom Cruise.