Le tout dernier plan de cette nou­velle ver­sion des Sept Mer­ce­naires, chro­mo numérique d’une laideur repous­sante où fig­urent qua­tre tombes au som­met d’une colline, syn­thé­tise bien le mou­ve­ment de ce west­ern très dis­pens­able. D’abord parce qu’il reprend ouverte­ment l’image finale des Sept Samouraïs de Kuro­sawa, dont le film d’Antoine Fuqua est le remake du remake réal­isé en 1960 par John Sturges, et rap­pelle en cela la généalo­gie et la démarche filmique (la réac­tu­al­i­sa­tion d’une forme) dans lesquelles le long-métrage s’inscrit. Ensuite, car un léger ajout au plan d’origine pointe qui ani­me ce ravale­ment de façade d’un clas­sique (le film de Kuro­sawa) et d’un genre (le west­ern) : sur chaque tombe se trou­ve un petit fétiche qui illus­tre le car­ac­tère des défunts – un étui de bouteille, une carte à jouer, etc. Soit des vignettes iden­ti­fi­ables d’un coup d’œil et investies d’une charge iconique. Ce que sont dans leur fab­ri­ca­tion ces sept mer­ce­naires cor­re­spon­dant à sept arché­types de héros de west­ern : un mar­shal noir (dont la car­ac­téri­sa­tion lorgne sur le tan­dem de chas­seurs de primes de Djan­go Unchained, notam­ment au détour d’une scène de saloon qui tient presque du pla­giat), un cow-boy débon­naire, un trappeur mas­sif, un Indi­en mar­moréen, un Sud­iste, un truand mex­i­cain et un Chi­nois expert en armes blanch­es. Le film est à l’aune de ces fig­ures dés­in­car­nées, tant il épouse la forme d’un grand imagi­er du west­ern bras­sant à vide des plans et fig­ures tirés d’un cat­a­logue où les films de John Ford côtoient ceux de Ser­gio Leone et de Quentin Taran­ti­no.

Pot-pourri

Le prob­lème du film tient à ce qu’il n’assume pas du tout son ver­sant pos­si­ble de west­ern d’opérette, à l’inverse par exem­ple de Gore Verbin­s­ki et de son Lone Ranger qui embras­sait pleine­ment l’horizon du pas­tiche. Antoine Fuqua préfère au con­traire réac­tu­alis­er le pos­tu­lat des films de Kuro­sawa et de Sturges (la con­fronta­tion d’une horde de truands armés jusqu’aux dents et d’un petit vil­lage défendu par sept guer­ri­ers recrutés en dés­espoir de cause) avec un pre­mier degré mal dégrossi qui oscille piteuse­ment entre Peck­in­pah (déco­rum déliques­cent et vieilles légen­des cré­pus­cu­laires), Cor­buc­ci (les mas­sacres du Grand Silence) et quelques éclats de vio­lence aux accents taran­ti­nesques (une oreille explosée à l’issue d’un tour de passe-passe). Que le film s’articule en par­ti­c­uli­er autour de deux mer­ce­naires dis­sem­blables, l’un joué par un Den­zel Wash­ing­ton ten­du et méthodique, l’autre par un Chris Pratt moins clow­nesque qu’à l’accoutumée mais tou­jours pour­voyeur de bons mots, dit bien l’hésitation quant à la voie et au ton à adopter. Le film tranche finale­ment pour un lyrisme assez for­cé, qui sub­stitue à la ruse et l’intelligence des guer­ri­ers des Sept Samouraïs la témérité et la bravoure de per­son­nages sans enver­gure (con­traire­ment au film de Kuro­sawa, le tour­nant de la bataille se joue d’ailleurs sur une chevauchée sui­cidaire plus que sur l’ha­bileté tac­tique des mer­ce­naires). Ni le petit film d’action rétro que l’on était en droit d’attendre, ni le west­ern post-mod­erne sanglant et réjouis­sant auquel le film sem­ble vouloir par­fois don­ner vie, cette resucée n’est qu’une suc­ces­sion de plans dés­in­vestis ne por­tant en eux que l’académisme d’un pro­jet sans âme.