Mis en scène par le tan­dem de scé­nar­istes de Very Bad Trip, Bad Moms se fonde sur un principe sim­ple : en déplaçant un imag­i­naire pro­pre aux comédies teens (fêtes, excès et déluge de grivois­eries) dans l’univers d’une mère com­bat­tante et dévouée à sa famille, le film joue la carte du décalage pour ravir son audi­toire. D’où une ouver­ture se gorgeant de sit­u­a­tions et de fig­ures arché­typ­ales pour dépein­dre le quo­ti­di­en de l’héroïne (famille, école, boulot) avant le boule­verse­ment promis par le titre, soit la muta­tion de cette mère lamb­da en « bad mom ». Prob­lème : si le cliché peut favoris­er le décalage, le décalage lui-même est ici affaire de clichés. Noy­ant son vide d’inspiration sous la mélasse de tubes insipi­des, le film revêt la forme d’une suite de scénettes et de clips où les « mau­vais­es mères » se déchaî­nent au ralen­ti. La libéra­tion des pul­sions et le rejet d’une image de mère idéale s’accomplit par l’adoption d’une autre imagerie, tout aus­si cade­nassée, con­sti­tu­ant elle aus­si un pro­gramme qui gou­verne les actions des per­son­nages.

Fausse mutation

Cette libéra­tion fac­tice se révèle d’ailleurs pas­sagère, puisque les pro­tag­o­nistes ne sont défi­nis que par leur fonc­tion mater­nelle et doivent donc néces­saire­ment revenir à leur mis­sion pre­mière. C’est là que le film, comédie repous­sante de laideur et de paresse, se révèle toute­fois un brin moins bal­isé qu’attendu dans son faux dyna­mitage du train-train domes­tique : cette muta­tion de la mère-type en « bad mom » s’achève par un aplanisse­ment général­isé, où ce qui est d’abord présen­té comme excep­tion­nel se retrou­ve finale­ment pro­mu en norme (« Nous sommes toutes des mères indignes » est lit­térale­ment la morale du film, assénée par l’héroïne au cours d’un dis­cours face à un parterre de mères en délire). Pas éton­nant, donc, que les trois mères au cen­tre de l’intrigue incar­nent cha­cune un arché­type (la nor­male, la weirdo et la déver­gondée). Reste qu’un trio d’actrices à la hau­teur aurait néan­moins pu relever la saveur de la soupe. Pas de chance, l’invisible Mila Kunis est épaulée par une Kris­ten Bell trop tim­o­rée et une Kathryn Hahn, seule actrice au poten­tiel comique du cast­ing, en sur­régime par rap­port à ses cama­rades. Rien à sauver donc de cette comédie qui n’arrache pas un sourire.