Comme il l’avait fait dans son avant-dernier long-métrage, John Rabe, qui plongeait au cœur des mas­sacres de Nankin, Flo­ri­an Gal­len­berg­er suit à nou­veau dans Colo­nia des ressor­tis­sants alle­mands en prise avec un événe­ment his­torique tris­te­ment célèbre, en l’occurrence la dic­tature de Pinochet.

En cela, il s’inscrit dans un cer­tain ciné­ma ger­manique (on peut citer les récents Fritz Bauer, un héros alle­mand ou Le Labyrinthe du silence qui s’attache à par­ler d’Histoire, et plus par­ti­c­ulière­ment de l’Allemagne nazie. Certes, Flo­ri­an Gal­len­berg­er s’avère plus inter­na­tion­al dans le choix de ses sujets mais la démarche reste sim­i­laire, les croix gam­mées se trou­vant d’ailleurs tou­jours chez lui en arrière-plan (Colo­nia se con­cen­tre sur le par­cours d’un ancien SS devenu homme de main du régime mil­i­taire chilien).

Der­rière le didac­tisme revendiqué de ces films s’affirme une volon­té expi­a­toire prég­nante, comme si l’Allemagne (et par exten­sion son ciné­ma) devait en per­ma­nence s’excuser du IIIe Reich, comme si par effet de com­pen­sa­tion tous les héros pos­si­bles de cette péri­ode devaient se voir affubler d’un film pour éclair­er d’un jour moins som­bre un passé impos­si­ble à appréhen­der de par son hor­reur intrin­sèque. Il en résulte pour Colo­nia – comme sou­vent pour ce type de longs-métrages – un scé­nario très binaire, où les con­flits dra­ma­tiques se résu­ment à une lutte rêvée et idéale entre le camp du bien et celui du mal, où les bons sen­ti­ments se révè­lent la meilleure arme con­tre le total­i­tarisme.

Plate illustration

Out­re une propen­sion mar­quée à som­br­er dans la guimauve, Flo­ri­an Gal­len­berg­er souf­fre, à l’instar de John Rabe, d’un souci exces­sif de coller aux faits réels. Son film mon­tre un pan du passé qui mérite sans doute d’être davan­tage con­nu. On y apprend qu’au cœur d’une tragédie déjà con­séquente – la dic­tature de Pinochet – se dévelop­pait une abjec­tion corol­laire – une ter­ri­ble secte à la fois cen­tre de tor­tures pour opposants au régime et prison à ciel ouvert pour des adeptes soumis au bon vouloir d’un prédi­ca­teur per­vers (et donc ancien SS).

L’intention est louable, bien que le côté jus­tici­er de l’entreprise fasse d’emblée tiquer. Mais le sep­tième art a tout de même une autre visée qu’être une plate illus­tra­tion d’un fait his­torique, fût-il ignoré du plus grand nom­bre. Pour principe de mise en scène, Flo­ri­an Gal­len­berg­er paraît davan­tage se con­cen­tr­er à faire cor­re­spon­dre les décors du film aux clichés pho­tographiques issus de la Colo­nia du temps de son exis­tence qu’à opter pour un vrai point de vue dans son réc­it et dans sa réal­i­sa­tion. D’ailleurs, fier de lui, il exhibe en générique de fin ces pho­tographiques qui lui ont servi de base, pour bien mon­tr­er à quel point il leur a été fidèle.

Avec une telle approche sco­laire, le résul­tat s’avère sans réelles aspérités. Comme tout film de nature pure­ment démon­stra­tive, les enjeux humains qu’il ren­ferme passent au sec­ond plan. L’histoire d’amour qu’il développe en son sein n’apparaît ain­si que comme un sim­ple moyen de faire vivre sa recon­sti­tu­tion. L’émotion qui devrait logique­ment sur­gir des tour­ments mélo­dra­ma­tiques que subit le cou­ple de héros (sépa­ra­tion, retrou­vailles…) n’est finale­ment jamais au ren­dez-vous. Dom­mage car le duo d’acteurs choi­sis – Emma Wat­son et Daniel Brühl – s’en tire avec les hon­neurs, avec une men­tion pour la pre­mière citée, assez fasci­nante en femme forte prête à tout pour sauver son com­pagnon du pire.