Le pre­mier long métrage de Mag­nus Von Horn s’in­scrit dans la con­ti­nu­ité d’un ciné­ma scan­di­nave expert en dis­sec­tion de la vio­lence et de l’hypocrisie sociale : celui de Fes­ten et La Chas­se de Thomas Vin­ter­berg ou encore de Dogville de Lars Von Tri­er. Le Lende­main fait en effet le réc­it prévis­i­ble et clin­ique d’une impos­si­ble réin­té­gra­tion, celle de John, un mys­térieux ado­les­cent à la fig­ure angélique sor­ti tout juste de prison, vic­time du rejet de ses cama­rades de classe et de leurs par­ents. Exacte­ment comme dans le déce­vant La Chas­se, c’est la com­mu­nauté tout entière qui ne manque pas de som­br­er dans la bru­tal­ité au nom de ses pro­pres valeurs et de sa peur de l’autre. Le scé­nario se con­tente alors de suiv­re le crescen­do linéaire de cette vio­lence d’abord larvée puis fra­cas­sante.

Le mystère du monstre

Si ce pre­mier long-métrage de Mag­nus Von Horn a pour­tant été sélec­tion­né l’an­née dernière au fes­ti­val de Cannes pour le prix de la Caméra d’or, c’est cer­taine­ment en rai­son de sa mise en scène qui cul­tive le mys­tère, pleine de non-dits et de hors-champ : les raisons de l’in­car­céra­tion de John ne seront jamais dites, son passé trau­ma­tique ne sera jamais mon­tré, seules les réac­tions des autres lais­sent devin­er la bes­tial­ité et l’hor­reur cachés der­rière la gueule d’ange du jeune taulard. Ce dernier demeure résol­u­ment opaque et mutique, ne don­nant à voir que son calme apathique et ses regards mélan­col­iques rivés sur le vide. Même lorsqu’une jeune fille attirée par ce mon­stre énig­ma­tique demande à l’ado­les­cent de rejouer un étran­gle­ment, l’acte demeure invis­i­ble, en dehors du cadre. Ce refus sys­té­ma­tique de la mon­stra­tion ne manque pas d’ex­citer, de manière finale­ment un peu facile, le voyeurisme du spec­ta­teur.

L’im­age par­le néan­moins à la place du per­son­nage avec une cer­taine effi­cac­ité. Le film part du sas d’un péni­ten­ti­aire pour mineurs, trans­par­ent comme un aquar­i­um, pour ensuite éten­dre la prison à la ville tout entière. Tel un pré­da­teur traqué, John se tient en effet reclus dans des lieux con­finés pleins de sur­cadrages : l’étroit salon de la mai­son pater­nelle, le garage tenu porte close de sa petite amie, la cham­bre solaire et froide d’une anci­enne vic­time. Même un stade de foot embrumé et filmé depuis un pare-brise, dans ce qui restera le plus beau plan du film, devient une arène menaçante pour la famille du jeune exclu.

Jeu de massacre

Mais la mon­stra­tion san­guino­lente se sub­stitue hélas à la sug­ges­tion pudique dans un jeu de bas­cule sys­té­ma­tique. Sous pré­texte de lucid­ité et de réal­isme social, le film som­bre dans un univers sor­dide et noir, où la soli­tude et le dés­espoir vien­nent tou­jours après la ten­dresse. La mise en scène mul­ti­plie les images frontales d’ag­o­nie et d’a­gres­sion : la « sor­tie de route » d’un grand-père sénile à table, les halète­ments laborieux d’un chien mourant puis abat­tu à bout por­tant, le reflet d’un vis­age défig­uré. S’il s’ag­it d’au­tant de sym­bol­es d’une société en pleine déliques­cence, à deux doigts de per­dre le sens du par­don, de la tolérance et de l’hu­man­ité, le pro­jet tourne à l’ob­scène dans cette manière toute par­ti­c­ulière de s’acharn­er sur les per­son­nages, mais aus­si sur le spec­ta­teur. La belle séquence de dénoue­ment, à la fois vio­lente et solaire, esquisse heureuse­ment l’e­spoir d’un sur­saut d’hu­man­ité.