Robyn David­son quitte en 1975 le con­fort de la vie urbaine pour entre­pren­dre un grand voy­age sur les pistes du désert aus­tralien. Après deux ans de dur labeur dans un éle­vage de dro­madaires, elle se lance enfin dans son odyssée à tra­vers l’Australie, prête à tra­vers­er 3200 kilo­mètres d’étendues déser­tiques avec pour seule com­pag­nie son chien Dig­gi­ty et ses trois dro­madaires. Mais le désir d’indépendance et de soli­tude de la jeune femme dans un envi­ron­nement large­ment dom­iné par les hommes se retrou­ve frus­tré lorsque le Nation­al Geo­graph­ic, qui spon­sorise son voy­age, lui impose la présence du pho­to­jour­nal­iste Rick Smolan.

Une réalisation en survol

Ce syn­op­sis promet­teur, mélange de film d’aventure, de réc­it ini­ti­a­tique, de romance, et de biopic, est mal­heureuse­ment mal exploité par John Cur­ran qui avait pour­tant ici à sa dis­po­si­tion des décors naturels fab­uleux, un beau et sym­pa­thique cou­ple d’acteurs (Mia Wasikows­ka et Adam Dri­ver) et un réc­it à fort poten­tiel ciné­matographique (en regar­dant Tracks, dif­fi­cile ne pas se rap­pel­er avec quel tal­ent Nico­las Roeg avait filmé le désert aus­tralien dans La Ran­don­née en 1971). Hélas, sa réal­i­sa­tion s’appuie davan­tage sur la qual­ité illus­tra­tive de ses plans, qui se suc­cè­dent en fon­dus enchaînés, que sur un véri­ta­ble tra­vail de mise en scène. Il manque une direc­tion et une inten­tion fortes à ce mon­tage de belles images qui, prob­a­ble­ment influ­encé par les doc­u­men­taires pro­duits par la Nation­al Geo­graph­ic Soci­ety, mul­ti­plie les plans de couch­ers de soleil et les vues aéri­ennes spec­tac­u­laires.

Au fond, plus qu’une adap­ta­tion du best-sell­er écrit par Robyn David­son, le film pour­rait être con­sid­éré comme une trans­po­si­tion en mou­ve­ment du reportage pho­tographique de Rick Smolan. L’idée de créer un album non pas de pho­tos mais de plans de ciné­ma (à l’image des car­nets de voy­age de Chris Mark­er par exem­ple) aurait pu être intéres­sante si elle avait été explorée jusqu’au bout. Mais l’académisme de la réal­i­sa­tion peine à don­ner du rythme et de la con­sis­tance à cette tra­ver­sée qui finit inévitable­ment par traîn­er en longueur. Très ellip­tique (le pre­mier mois du voy­age est résumé en quelques plans), le film mon­tre toutes ses lim­ites lorsqu’il s’agit de créer de vraies séquences de ciné­ma: trop vite expédiés, les rares moments de dif­fi­cultés ren­con­trés par la jeune femme, par exem­ple lorsqu’elle perd sa bous­sole, s’avèrent bien pau­vres en sus­pense.

Une bande son à bout de souffle

Tout n’est pas à dén­i­gr­er dans ce film qui pro­pose des images intéres­santes, qua­si-doc­u­men­taires, de l’élevage de dro­madaires et de la cul­ture aborigène. Robyn David­son trou­ve d’ailleurs aux côtés d’un ancien du pays qui lui par­le une langue qu’elle ne com­prend pas un com­pagnon de voy­age idéal. Mais John Cur­ran sem­ble finale­ment rater l’essentiel en zap­pant trop rapi­de­ment les longs mois de soli­tude du per­son­nage au béné­fice des ren­con­tres for­tu­ites et des ren­dez-vous con­venus avec Rick Smolan. A l’inverse de son héroïne, le réal­isa­teur sem­ble red­outer la soli­tude et le « silence » du désert et, comme pour combler le vide, relègue à l’arrière plan tous les sons de son décor naturel au prof­it d’une musique omniprésente et las­sante. Bien trop lanci­nante, la bande orig­i­nale com­posée par Garth Steven­son nous fait regret­ter le tal­ent de John Bar­ry qui savait don­ner du relief à l’image et canalis­er l’émotion du réc­it. Cou­plée avec les images, sa par­ti­tion étouf­fante empêche le film de trans­met­tre les sen­sa­tions de l’héroïne et peine à don­ner du souf­fle à une his­toire qui finit mal­heureuse­ment par man­quer d’intérêt.