Pour son troisième film au cast­ing améri­cain (après Tak­en et From Paris with Love), Pierre Morel inter­na­tion­alise et poli­tise son pro­pos en adap­tant La Posi­tion du tireur couché, un polar de Jean-Patrick Manchette. Retitré Gun­man, le film suit l’impossible réin­ser­tion d’un ancien tueur à gage, vic­time d’une chas­se à l’homme impi­toy­able de Kin­shasa à Barcelone.
Jim Ter­ri­er (Sean Penn), tueur à gages free­lance, cache sa véri­ta­ble activ­ité der­rière un pseu­do-engage­ment human­i­taire. En République Démoc­ra­tique du Con­go, tan­dis qu’une guéril­la fait rage, il est engagé pour élim­in­er un homme poli­tique gênant le busi­ness minier d’une grande entre­prise. Son crime per­pétré, il dis­paraît, aban­don­nant Annie (Jas­mine Trin­ca), sa petite amie qui trou­ve refuge dans les bras de Felix (Javier Bar­dem). Quelques années plus tard, rangé des bag­noles, Jim creuse des puits dans un vil­lage con­go­lais lorsqu’il échappe in extrem­is à une ten­ta­tive de meurtre. Décidé à com­pren­dre pourquoi sa vie est men­acée, Jim ren­tre en Europe où il reprend con­tact avec ses anciens amis, tous mêlés à l’affaire de Kin­shasa.

Le charme du martyr

L’étrange syn­drome qui sec­oue les quin­quagé­naires hol­ly­woo­d­i­ens (voire les sex­agé­naires) à se frot­ter aux films d’action après une car­rière auteuriste sem­ble avoir défini­tive­ment fait une nou­velle vic­time en la per­son­ne de Sean Penn. Acteur chez Gus Van Sant, Woody Allen ou Clint East­wood et réal­isa­teur de films intro­spec­tifs (Cross­ing Guard ou Into the Wild), Sean Penn, comme Liam Nee­son avant lui, s’essaie aujourd’hui à manier les armes et les coups de poing. Dans Gun­man, il affiche un physique body­buildé, en inadéqua­tion avec son vis­age expres­sif de chien bat­tu. Morel a sans doute vu dans cet acteur la pos­si­bil­ité d’allier une puis­sance mus­culeuse à une inter­pré­ta­tion plus sub­tile que celle des sem­piter­nels coloss­es insipi­des, mais l’hybridation corps/esprit n’est guère chose aisée. S’interdisant tout humour (à la dif­férence des presta­tions de Bruce Willis par exem­ple), le cinéaste tombe à la fois dans l’écueil du trop-plein d’action et dans celui d’une pau­vreté psy­chologique crasse. Alors même que Jim cherche une rédemp­tion après le crime com­mis, rien n’évoque les tour­ments qu’il tra­verse, ni les raisons de cet ater­moiement tardif (on imag­ine aisé­ment que le per­son­nage n’en est pas à son pre­mier con­trat). Sur ces lacunes scé­nar­is­tiques ini­tiales, qui dis­crédite la quête de vérité du héros, se gref­fent une his­toire d’amour peu crédi­ble (le vieux briscard récupère la jeune femme en un clin d’œil alors même qu’elle est mar­iée et sur le point d’adopter un enfant) et une grave mal­adie inval­i­dante. Autant dire que Jim est lour­de­ment lesté sur le papi­er, et à l’écran rien ne s’arrange.

Toy Girl

Sans être un ratage com­plet, Gun­man s’enlise dans une mise en scène lisse, sans aucune prise de risque ni orig­i­nal­ité. Les champs/contrechamps ryth­ment les joutes ver­bales tan­dis qu’un mon­tage approx­i­matif, souligné par des ralen­tis injus­ti­fiés, plombent les moments d’affrontements physiques. Sans véri­ta­ble choix de réal­i­sa­tion fort, bien que le sujet aurait pu le per­me­t­tre, le film parvient même à dérouler des scènes ridicules (le par­al­lèle entre l’homme blessé et le tau­reau dans l’arène), des rebondisse­ments incom­préhen­si­bles (la présence d’Idris Elba) et un finale à la lim­ite de l’immoralité. Seule demeure la mus­cu­la­ture impres­sion­nante de Sean Penn, unique bonus de ce long métrage oubli­able. À l’image de ces films inin­téres­sants où l’on se plaît à soulign­er que telle actrice est tout de même très jolie, Gun­man a finale­ment plus à offrir aux midinettes en manque de biceps qu’aux spec­ta­teurs férus d’un ciné­ma politi­co-vir­il.