Depuis George Romero et ses zom­bies, les morts-vivants ont con­quis les som­mets du bes­ti­aire hor­ri­fique ciné­matographique. Pas une année sans une relec­ture du mythe sur grand ou petit écran. Le réal­isa­teur Hen­ry Hob­son se lance lui aus­si sur la piste des mangeurs de cervelle con­t­a­m­inés, en prenant un biais par­ti­c­ulière­ment sin­guli­er : les quelques jours de vie humaine restant à une ado­les­cente con­damnée.

Dans une Amérique en proie à une épidémie majeure de Necroam­bu­lis, un virus zom­bie qui décime la pop­u­la­tion, une jeune fugueuse, Mag­gie (Abi­gail Bres­lin) se fait mor­dre. Son père (Arnold Schwarzeneg­ger), inca­pable de la laiss­er mourir seule au fond d’un hôpi­tal, la ramène dans leur ferme, afin qu’elle y passe ses derniers instants humains. Jouant sur cet étrange chem­ine­ment méta­physique, qui con­duit un être à pro­gres­sive­ment aban­don­ner son human­ité, Mag­gie des­sine le por­trait d’une jeune fille paumée, qui doit faire le deuil d’une vie qu’elle a à peine vécue. De cette mélan­col­ie inat­ten­due fil­tre une atmo­sphère à la lisière de l’onirisme où les trans­for­ma­tions physiques de Mag­gie (ses yeux devi­en­nent translu­cides, sa peau se veine…) font écho aux pro­fonds cham­boule­ments de l’adolescence.

Si par­fois la réal­i­sa­tion de Hob­son s’inscrit trop dans une Sun­dance touch, avec ses flous et ses ralen­tis auteuristes ici mal maîtrisés, le hors-champ qua­si com­plet de l’épidémie per­met un affran­chisse­ment des codes zom­biesques. Hormis une séquence glaçante où deux créa­tures damnées errent dans une forêt, le film choisit d’arpenter les sen­tiers peu rebat­tus de la psy­ché d’une future non-vivante, par­faite­ment con­sciente de la peur qu’elle sus­cite et du des­tin qui l’attend. On observe ain­si la lente désagré­ga­tion de son cer­cle de proches, de sa belle-mère (Joe­ly Richard­son) à ses amis, l’effroyable soli­tude qui la saisit face aux man­i­fes­ta­tions de sa con­di­tion à venir et l’amour incon­di­tion­nel que lui porte son père.

Dans ce rôle de pater famil­ias con­fron­té à un dilemme cornélien, Arnold Schwarzeneg­ger inter­prète un Wade plutôt con­va­in­cant bien qu’insuffisamment nuancé. Tan­dis que la mal­adie pro­gresse, sym­bol­isée par les stig­mates qui recou­vrent peu à peu le corps de Mag­gie, Schwarzeneg­ger opte pour une par­ti­tion linéaire. Pas d’évolution de jeu, donc peu d’empathie de la part du spec­ta­teur. Face à une Abi­gail Bres­lin, impec­ca­ble en jeune héroïne à la Sofia Cop­po­la (ennui et lunettes de soleil) tour­men­tée par les pul­sions pri­maires qui l’animent, on trou­ve un Schwarzie qui coupe du bois, répare inlass­able­ment son vieux camion et entre­tient un jardin de mar­guerites dédié à sa défunte femme. Ce déséquili­bre, sans doute scé­nar­is­tique, est accen­tué par les jeux incom­pat­i­bles des deux acteurs. De là naît ce dés­in­téresse­ment émo­tion­nel pour les pro­tag­o­nistes. Toute­fois, sans révo­lu­tion­ner les codes du film de zom­bie et les ques­tion­nements méta­physiques innom­brables qu’il sous-tend, Mag­gie traite le mythe avec une orig­i­nal­ité de regard revig­o­rante, à l’image de Warm Bod­ies il y a deux ans, ce qui dans l’uniformisation actuelle de la fig­ure zom­biesque en mon­stre sur­puis­sant et véloce (28 semaines plus tard, World War Z pour ne citer qu’eux) est une propo­si­tion bien­v­enue.